20 milliards envolés : la CRIEF arrête l’ancien président de la Cour constitutionnelle, quand la République s’enfonce dans le grotesque

20 milliards envolés : la CRIEF arrête l’ancien président de la Cour constitutionnelle, quand la République s’enfonce dans le grotesque
Détournement de fonds, scandale financier, incarcération spectaculaire… et cette fois, c’est un ancien président de la Cour constitutionnelle qui tombe dans les filets de la CRIEF. Oui, vous avez bien lu : l’homme censé être le gardien suprême de la loi, de l’éthique, de l’ordre républicain, se retrouve aujourd’hui embastillé pour une affaire de 20 milliards de francs guinéens, soit plus d’un million d’euros qui se seraient volatilisés, comme par magie. Ce n’est plus une République, c’est un mauvais polar en boucle.
Mais au-delà du choc, cette affaire est l’illustration brutale de ce que la Guinée est devenue : une République d’impunité, d’hypocrisie institutionnelle, et de pillage généralisé par des élites en costume-cravate.
Un homme censé incarner la probité, devenu symbole de la déchéance morale
Le président d’une Cour constitutionnelle, dans n’importe quel État digne de ce nom, est une figure d’autorité morale. Une voix d’équilibre, un homme au-dessus des soupçons. En Guinée ? C’est visiblement un poste d’enrichissement personnel. L’ancien président de cette vénérable institution est aujourd’hui accusé d’avoir détourné 20 milliards GNF, dans une indifférence feinte de ceux qui l’ont longtemps côtoyé… et protégé.
Ce que ce dossier révèle, ce n’est pas seulement la trahison d’un homme envers l’État, c’est la faillite complète d’un système. Si même les plus hauts magistrats, ceux qui valident les élections, les lois et les institutions, sont eux-mêmes mouillés jusqu’au cou, alors quelle crédibilité reste-t-il à l’édifice républicain ?
La CRIEF : machine de répression ou tribunal de justice ?
On aurait pu se réjouir, au premier abord, de voir un grand poisson rattrapé par la justice. Mais voilà, en Guinée, rien n’est jamais simple, ni totalement sincère. La CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières), née dans la ferveur des promesses de moralisation faites par le régime Doumbouya, a rapidement montré sa face politique.
Sélective, brutale, téléguidée par le sommet, elle donne l’illusion d’un nettoyage de fond, mais ses filets ne semblent attraper que ceux qui ne sont plus dans les grâces du pouvoir. Curieusement, les ministres actuels, les proches de la junte, les affairistes qui gravitent autour du CNRD ne sont jamais inquiétés, bien qu’ils nagent eux aussi dans une mer d’opacité et de contrats louches.
L’arrestation de l’ancien président de la Cour constitutionnelle, c’est peut-être du théâtre judiciaire. Un sacrifice utile pour faire croire à une justice impartiale, pendant qu’en coulisse, le vrai pillage continue, en silence.
20 milliards… pendant que la Guinée mendie du riz et de l’essence
Pendant ce temps, les caisses de l’État pleurent misère. Les fonctionnaires ne sont pas payés à temps. Les hôpitaux n’ont ni médicaments ni électricité. Les universités ressemblent à des camps de réfugiés. Et pour couronner le tout, le gouvernement tend la main à la Chine, au FMI, à la BAD, quémandant des aides pendant que ses anciens dignitaires s’empiffrent de milliards.
Mais rassurez-vous : pour Mamadi Doumbouya, le problème, c’est toujours l’opposition, la diaspora, les réseaux sociaux. Jamais ses propres hommes. Jamais ses soutiens. Jamais ceux qui, hier encore, siégeaient fièrement aux plus hautes fonctions de l’État et se goinfraient sans retenue.
Une République en ruine, un État devenu vulgaire machine à voler
Le plus tragique, c’est que plus personne n’est surpris. Pas une once d’indignation dans les rues. Pas une réaction officielle forte du gouvernement. Le peuple, anesthésié par les scandales à répétition, ne sait plus quoi croire, ni qui croire. Tout le monde pille, tout le monde triche, tout le monde ment. Et dans ce climat d’apathie généralisée, les 20 milliards ne font même plus scandale.
La Guinée n’est pas en train de sombrer. Elle a déjà sombré. Ce genre d’affaire n’est pas une anomalie, c’est la norme. Un pays où un ancien président de Cour constitutionnelle peut voler des milliards, et où le pouvoir se contente d’un communiqué fade et d’une détention préventive, en attendant qu’on oublie l’affaire ou qu’un autre scandale vienne le remplacer.
Pas de justice, pas de réforme, juste un recyclage des corrompus
La CRIEF peut bien arrêter qui elle veut, tant que le système reste le même, les voleurs d’hier sont simplement remplacés par les voleurs d’aujourd’hui. Ce n’est pas de la justice, c’est du recyclage politique.
Tant que l’impunité sera la règle, que la richesse publique continuera de circuler dans les poches privées, que les institutions seront tenues par des prédateurs déguisés en hommes d’État, la Guinée restera piégée dans ce cercle infernal de trahison nationale.
Vingt milliards de plus ou de moins ? Qu’importe, semble-t-il. Jusqu’au jour où le peuple décidera de présenter, lui aussi, la facture à tous ces “serviteurs de l’État” devenus les fossoyeurs de la République.
— conakrylemag




