Le parti de Sidy Touré suspendu… mais pas muselé : la junte panique, l’opposition riposte
C’est devenu la nouvelle routine politique en Guinée : tu contestes ? On te suspend. Tu t’alignes ? On t’autorise. Le régime de Mamadi Doumbouya a trouvé sa méthode favorite pour neutraliser ses adversaires : la suspension administrative, en guise de bâillon politique. Cette fois-ci, c’est le parti de Sidy Touré, formation en pleine dynamique de structuration, qui se voit interdit de toute activité pendant trois mois. Officiellement, bien sûr, pour des « irrégularités ». Mais en réalité, parce qu’il gêne. Parce qu’il existe. Parce qu’il ose.
Sauf que Sidy Touré, loin de se laisser intimider, annonce qu’il projette tout de même son congrès. Un camouflet pour le CNRD, un pied-de-nez à la dictature molle qui se durcit, un souffle d’audace dans un climat politique asphyxié.
Le prétexte administratif, l’arme favorite de la dictature
La suspension de ce parti ne surprend plus personne. En Guinée, le ministère de l’Administration du territoire est devenu un commissariat politique, une sorte de bras armé de la junte pour frapper là où ça fait mal : dans l’espace politique. Comme pour l’UFDG, l’UFR ou encore le FNDC, la méthode est toujours la même : un prétexte technique, un faux souci de conformité légale, et hop, trois mois de mise au frigo.
Mais derrière cette décision bureaucratique se cache une réalité bien plus inquiétante : le pouvoir militaire est en panique totale. Il redoute le moindre signe de réorganisation de l’opposition, le moindre congrès, la moindre déclaration qui pourrait lui faire de l’ombre. Alors il suspend, il interdit, il menace… croyant contenir une contestation qui, au contraire, ne cesse de monter.
Sidy Touré, l’impertinent qui refuse de se coucher
Contrairement à d’autres qui plient sous la pression, Sidy Touré a décidé de tenir bon. Il projette son congrès malgré la suspension, une manière de dire : « Vous pouvez tout verrouiller, mais vous ne ferez pas taire nos idées. » Un acte de résistance politique qui prend des allures de défi direct à l’autorité militaire.
Cette posture courageuse est à saluer dans une Guinée où l’espace politique est en voie d’extinction, étouffé sous le poids des interdictions, des menaces et des intimidations permanentes. Organiser un congrès dans ces conditions n’est pas seulement un acte de militantisme, c’est un acte de désobéissance démocratique.
Une junte allergique à toute structuration politique
Ce que la junte redoute par-dessus tout, c’est la structuration. L’organisation. Le réveil. Un parti politique qui organise un congrès, ce n’est pas juste une réunion. C’est un appel d’air, une force de mobilisation, une machine de contestation potentielle. Et Mamadi Doumbouya le sait très bien. Lui qui rêve d’un silence politique généralisé, d’un désert partisan jusqu’à la prochaine mascarade électorale, voit d’un très mauvais œil la montée en puissance de nouvelles figures, de nouvelles dynamiques.
La suspension du parti de Sidy Touré n’est donc pas une mesure disciplinaire : c’est une opération préventive de sabotage politique. Le pouvoir veut tuer dans l’œuf toute alternative crédible, toute construction de leadership en dehors du cercle des dociles et des courtisans.
Trois mois pour faire taire… et après ?
Trois mois de suspension, c’est l’équivalent politique du chloroforme : on endort un peu l’adversaire, on espère qu’il se décompose, qu’il se divise, qu’il s’éteigne de lui-même. Mais en Guinée, ce genre de stratégie a rarement fonctionné. Plus on tente de faire taire les partis, plus leur voix gagne en légitimité. La junte semble oublier que l’opinion publique, même silencieuse, observe, note, compare, et finit toujours par juger.
Et surtout, elle semble ignorer un point fondamental : les idées ne se suspendent pas. On peut interdire un congrès, mais pas empêcher un peuple de penser, d’espérer, de s’organiser.
La junte suspend, mais c’est sa crédibilité qui s’effondre
En suspendant le parti de Sidy Touré, le régime de Mamadi Doumbouya confirme ce que tout le monde sait déjà : il ne tolère ni la contradiction, ni la compétition, ni la pluralité. Il ne veut ni débat, ni élections sincères, ni opposition digne. Il veut un monologue, un théâtre politique vide, avec quelques figurants dociles.
Mais plus il suspend, plus il trahit sa faiblesse. Plus il interdit, plus il révèle sa peur. Car un pouvoir fort n’a pas peur d’un congrès politique. Seul un pouvoir fragile cherche à gouverner par la suspension.
À Sidy Touré, désormais, de transformer cette injustice en levier politique. À la société civile, aux autres partis, aux citoyens lucides, de se montrer solidaires. Car chaque suspension arbitraire est une atteinte directe à la démocratie que nous devons défendre ensemble.
Et au final, la seule chose qui mérite vraiment d’être suspendue aujourd’hui, c’est ce régime militaire. Avant qu’il ne suspende tout ce qui reste de vivant dans notre République.
— conakrylemag




