Dans une tribune publiée récemment, Danda Diallo alerte sur une politique d’assainissement du secteur industriel qui, sous couvert de rigueur, risquerait d’étouffer l’initiative privée en Guinée. Selon lui, la fermeture massive de 1724 unités industrielles sans distinction claire entre entreprises structurées et ateliers clandestins enverrait un signal désastreux à l’économie nationale.
L’assainissement est légitime. Mais à quel prix ?
Le Ministère du Commerce, de l’Industrie et des PME affirme vouloir garantir la qualité des produits mis sur le marché et protéger les consommateurs, notamment dans les secteurs sensibles comme l’eau minérale et les boissons locales.
L’objectif, en soi, est louable.
Mais comme le souligne Danda Diallo, la méthode interroge : pourquoi opter pour une fermeture administrative brutale et globale, au lieu d’un processus progressif de mise en conformité ?
Pourquoi absence de catégorisation entre unités modernes, conformes ou en voie de conformité, et unités manifestement illégales ou insalubres ?
Et surtout : où est la transparence des critères de sélection des entreprises sanctionnées ?
Des entreprises de bonne foi dans le même sac ?
Plusieurs grandes marques locales, connues du public et présentes dans la distribution nationale, sont concernées par ces fermetures : Salam, Cristal, Eden, entre autres. Certaines d’entre elles affirment pourtant avoir régulièrement passé des contrôles de qualité, notamment dans les laboratoires du même Ministère qui les sanctionne aujourd’hui.
Question fondamentale :
Si des entreprises sont certifiées par des structures étatiques, sur quelles bases peuvent-elles ensuite être fermées ?
Le processus est-il uniforme, documenté, opposable ?
Une opération qui pourrait profiter aux multinationales ?
L’alerte de Danda Diallo met en lumière un effet pervers : en jetant l’opprobre sur toute la production locale d’eau et de boissons, l’État crée un climat de suspicion généralisée. Conséquence prévisible :
- chute de la confiance des consommateurs
- repli sur les produits importés
- affaiblissement des PME locales
- et, in fine, perte d’emplois et de souveraineté économique.
Une solution proposée : accompagner, structurer, différencier
Dans une lettre ouverte à la Ministre du Commerce, Danda Diallo avance une approche alternative :
- Catégoriser les unités selon leur niveau de conformité
- Accompagner celles qui peuvent progresser
- Encadrer et formaliser le secteur à travers des objectifs clairs
Selon ses estimations, entre 200 et 300 entreprises pourraient être renforcées à court terme pour devenir des piliers industriels fiables.
Un silence qui interroge : où sont les représentants du secteur privé ?
Le constat est glaçant : aucune réaction publique des syndicats d’entreprises, fédérations industrielles ou du patronat guinéen.
Ce silence est révélateur d’un vide institutionnel criant dans la représentation des PME face à l’État.
Avons-nous des chambres consulaires fonctionnelles ?
Où sont les voix intermédiaires capables de jouer un rôle de médiation entre régulateur et secteur privé ?
Questions ouvertes à l’État guinéen :
- Pourquoi une politique aussi radicale et uniforme ?
- Un rapport public existe-t-il sur les critères de fermeture ?
- Quelle stratégie de relance ou de réintégration pour les unités fermées ?
- Le ministère dispose-t-il d’un fonds ou d’un mécanisme d’accompagnement des unités conformes ?
- Qui contrôle les contrôleurs ? Existe-t-il un audit indépendant du processus d’assainissement ?
Rigueur mais avec justice :
L’assainissement industriel est une nécessité, mais il doit éviter de broyer aveuglément un tissu économique fragile. L’État ne peut à la fois promouvoir l’industrialisation, inciter à la transformation locale, et fermer massivement sans préavis des centaines de structures productives, certaines potentiellement exemplaires.
La Guinée a besoin de rigueur. Mais elle a aussi besoin de justice, de méthode, et d’écoute.
— conakrylemag




