Comprendre la problématique de la vitesse et de la tarification de la connexion internet en Guinée – Part 2 (Par karim Bangoura)
karim Bangoura
Abdoul Karim BANGOURA Ingénieur en Télécommunications @Akarim_Bangoura

Comprendre la problématique de la vitesse et de la tarification de la connexion internet en Guinée – Part 2 (Par karim Bangoura)

La publication précédente, Comprendre la problématique de la vitesse et de la tarification de la connexion internet en Guinée – Part 1 avait brièvement parlé du marché de l’Internet Mobile avant de s’attarder sur les problématiques de la vitesse de connexion de l’Internet mobile en Guinée. Cette seconde partie traitera de la problématique de la tarification et de la consommation des données mobiles avant de formuler des recommandations

Tarification  et consommation des données mobiles

L’internet est devenu une commodité, un produit de consommation courante pour beaucoup de guinéens. Cependant, de nombreux clients ne sont pas satisfaits de la tarification de l’internet mobile. Comment sont donc fixés les tarifs des forfaits de l’Internet mobile ?

Les prix des forfaits data mobile sont fixés en fonction de plusieurs paramètres. Ces tarifs sont soumis au contrôle et à l’approbation de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) avant toute mise en œuvre. Voici quelques paramètres (non exhaustifs) qui sont pris en compte lors de la fixation des tarifs :

  • Coût du Giga octet (Go) de données: le premier facteur entrant en ligne de compte est le coût de revient du gigabit de données, c’est-à-dire, combien ça coute de produire un gigaoctet. Pour estimer ce coût, les opérateurs utilisent des modèles complexes qui prennent en compte les investissements de chaque élément du réseau nécessaire à la « production » de la donnée mobile  et les charges opérationnelles (par exemple approvisionnement en énergie des Groupes Electrogènes pour le fonctionnement des antennes).
  • La fiscalité du pays impacte aussi le prix : Il s’agit des taxes et impôts appliqués sur le secteur par l’Etat. C’est par exemple, la Taxe sur la Consommation Téléphonique ou TCT (qui est de 5% du tarif du forfait en Guinée), la Taxe sur l’Accès aux Réseaux Téléphoniques (TARTEL) représentant 3% du chiffre d’affaire de l’opérateur, etc.
  • La marge de l’opérateur : l’objectif des investisseurs est d’avoir du profit, une marge est appliquée par les opérateurs.
  • Le revenu des abonnées : une estimation des revenus et de la part réservée aux télécommunications est faite en vue d’adapter les offres aux revenus et besoins des clients.
  • Type d’abonnement : contrairement au postpayé, un abonnement prépayé est un abonnement sans engagement. Le client est libre de souscrire ou pas aux services de l’opérateur. Dans un abonnement postpayé, le client s’engage sur un contrat d’une certaine durée ce qui permet à l’opérateur de baisser le prix. Par exemple, le postpayé est la norme en France, alors qu’en Guinée, la norme c’est le prépayé.

Selon un classement de Cable.co.uk sur le tarif moyen d’un Giga octet  (1 Go) de donnée, la Guinée occupait la 6e place en 2019 et la 14e en 2020 en Afrique au sud du Sahara avec respectivement 1, 94 USD et 2,04 USD. Le pays baisse dans le classement malgré une relative stabilité des tarifs, par ce que d’autres pays font beaucoup mieux sur la période. Le pays est bien placé dans la sous-région mais peut faire mieux comparer aux meilleurs du classement.

 

Qu’est-ce qui expliqueraient alors les nombreuses plaintes des clients sur la tarification ? Pourquoi ont-ils cette perception de se faire « arnaquer » par les opérateurs ? Voici quelques éléments de réponse :

  • La faiblesse des revenus : le niveau de vie est très bas en Guinée. Le revenu moyen par habitant est estimé à 950 USD en 2019 (donnée Banque mondiale) soit 79 USD par mois. Le salaire minimum est fixé à 49 USD.
  • Evolution des usages : les usages ont évolué depuis 2010, passant de l’utilisation des applications telles que l’email, la navigation web, qui consomment peu de données, aux applications de réseaux sociaux (Facebook, Youtube, Snapchat, Tik Tok, etc) très gourmandes en bande passante. De plus, la vitesse de la connexion impacte sur la consommation.
  • Laqualité du réseau (vitesse de connexion) : Sur un réseau 3G ou 4G de bonne qualité, la vidéo consomme plus, passant de la qualité standard à la haute définition. Par exemple, une video Youtube peut consommer 450 Mo par heure en définition standard (SD) et 1 Go par heure en Haute définition (HD) sur un réseau 4G consommant donc deux plus rapidement le forfait du client.
  • Les plaintes peuvent s’expliquer par la non-maitrise des configurations des terminaux smartphones utilisés. En effet, une fois que la donnée est activée, les smartphones font des mises à jour automatiques et les applications continuent de fonctionner en arrière-plan, utilisant ainsi le forfait à l’insu du client.
  • Enfin, il faut aussi noter le manque de pédagogie et d’accompagnement des clients par les opérateurs sur les usages data.

 

Ci-dessous une estimation des consommations par type d’usage (source www.monpetitforfait.com)

 

Pour simplifier, 1 Go égale 1000 Mo et 1 Mo égale 1000 Ko.

Pourquoi les tarifs ne baissent pas actuellement?

  • Le coût d’opération des réseaux : les charges de fonctionnement des réseaux mobiles sont encore relativement élevés (exemple : les charges d’énergie).
  • Faiblesse de la concurrence : l’agressivité concurrentielle s’est estompée. Les opérateurs redoutent de détruire de la valeur, s’alignent les uns sur les autres
  • Absence d’offres fixes illimitées pour grand public : la grande majorité des offres data sont des forfaits mobiles. Il y a très peu d’offres fixes résidentielles en illimité pour permettre aux clients de basculer sur le wifi une fois à leurs domiciles. C’est le même forfait mobile qui est utilisé toute la journée. Il y a une forte pression sur les réseaux des opérateurs. A noter que la capacité des opérateurs à développer des offres illimitées (mobiles ou fixes) est fortement liée à l’existence d’infrastrures de transmission permettant d’écouler le trafic sans encombre. L’arrivée du backbone national pourrait résoudre ce problème.

Recommandations 

Les tarifs et la qualité de la connexion internet sont liés au développement des infrastructures réseaux. Ci-dessous quelques pistes pour améliorer l’offre de service de l’internet mobile.

Sur la vitesse de la connexion :

  1. Améliorer la qualité de la 3G (plus d’antennes) et encourager fortement tous les opérateurs à déployer plus largement la 4G dans le pays
  2. Investir dans la fibre optique : ceci peut se faire comme en France en encourageant les opérateurs et FAI à déployer la fibre optique ou mettre en place un opérateur d’infrastructure à travers un partenariat publique-privé à l’image de GUILAB. Ces infrastructures sont importantes aussi pour une Guinée plus numérique.
  3. Accélérer la mise en service du Backbone national avec des couts attractifs. Ceci peut se faire par tronçon au lieu d’attendre la construction de toute l’infrastructure.
  4. Mettre en service le point d’échange internet ou Internet eXchange Pointe (IXP)

Sur la tarification de l’internet :

  1. Promouvoir la mise en œuvre des offres internet fixes illimitées et des forfaits mobiles d’abondance
  2. Revoir certaines taxes comme la TCT pour permettre d’aller de plus en plus vers la forfaitisation des offres et à l’abondance.
  3. Partager les infrastructures réseaux par les opérateurs pour permettre de réduire les couts.
  4. Relancer la concurrence dans ce secteur.

 

 

Abdoul Karim BANGOURA

Ingénieur en Télécommunications

@Akarim_Bangoura

 

 

 

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