Affaire Abdoul Sacko : quand le gouvernement justifie l’injustifiable
En Guinée, la dérive autoritaire du CNRD ne fait plus aucun doute. L’arrestation brutale et la disparition forcée d’Abdoul Sacko, figure de la société civile, ont provoqué une vague d’indignation. Mais au lieu de s’en inquiéter, le gouvernement, fidèle à sa logique répressive, préfère retourner la situation contre la victime.
Dans une déclaration qui défie toute logique et tout sens de la justice, Ousmane Gaoual Diallo, ministre des Transports et porte-parole du gouvernement, a osé affirmer :
« Je pense qu’il doit passer les auditions pour éclairer l’opinion. »
Ainsi donc, dans la Guinée du CNRD, un homme enlevé illégalement, battu, torturé, puis abandonné en brousse dans un état critique, devrait encore venir s’expliquer devant la justice du régime ?
Ce retournement de situation tient du pur cynisme. Dans un État de droit, on auditionne les criminels, pas les victimes. Mais dans la Guinée de Mamadi Doumbouya, la victime devient coupable, et les vrais coupables, eux, circulent librement sous la protection du régime.
Un kidnapping légitimé par le pouvoir
L’affaire Abdoul Sacko illustre parfaitement l’état de décomposition avancée des libertés fondamentales sous le CNRD. Loin d’être un incident isolé, cet enlèvement s’inscrit dans une série de répressions ciblées contre les activistes, les opposants et toute voix discordante.
- Le mode opératoire est toujours le même : enlèvement en pleine nuit, hommes armés, véhicules banalisés, destination inconnue.
- La victime disparaît sans aucune procédure légale, sans mandat d’arrêt, sans convocation.
- Elle est retrouvée plus tard, souvent après des actes de torture, en état critique, abandonnée dans un coin reculé du pays.
- Les autorités feignent la surprise, puis suggèrent que la victime « doit s’expliquer », sous-entendant qu’elle pourrait être coupable de quelque chose.
Nous sommes loin d’un simple abus de pouvoir, nous assistons à une stratégie bien rodée d’intimidation et de musellement de la société civile.
Le message est clair : osez dénoncer le régime, et vous finirez entre les mains de tortionnaires « inconnus », avant d’être convoqué pour « éclairer l’opinion ».
Un régime en chute libre vers l’autoritarisme
Avec cet énième scandale, le CNRD enterre définitivement la promesse d’une transition inclusive et respectueuse des droits humains.
- Les manifestations sont interdites, les leaders d’opinion traqués.
- Les médias indépendants sont sous pression, contraints à l’autocensure.
- Les opposants politiques sont soit en exil, soit en détention, soit harcelés par la justice.
Et maintenant, les kidnappings arbitraires deviennent la norme, avec la bénédiction du gouvernement.
Le pire dans cette affaire ? Ousmane Gaoual Diallo, qui joue aujourd’hui les justificateurs du régime, était lui-même une victime de ce genre de pratiques sous Alpha Condé. Il avait été arrêté, emprisonné, réprimé… et dénonçait alors un système dictatorial. Aujourd’hui, il est passé de l’autre côté, légitimant avec la même ferveur ce qu’il dénonçait hier.
Mais qu’il se rassure : comme tous les régimes militaires qui ont confondu répression et pouvoir éternel, le CNRD finira par être rattrapé par l’histoire.
Jusqu’où ira la junte ?
L’affaire Abdoul Sacko est un test majeur pour la justice guinéenne et l’opinion publique.
Si le CNRD n’a aucune intention d’identifier les ravisseurs et de faire respecter les droits fondamentaux, alors le pays s’enfonce inexorablement dans une dictature assumée.
- Va-t-on maintenant assister à des procès de victimes ?
- D’autres activistes seront-ils kidnappés et accusés ensuite d’avoir « provoqué leur propre arrestation » ?
- Le gouvernement ira-t-il jusqu’à criminaliser toute critique, au point de condamner ceux qui osent réclamer justice ?
La question qui se pose désormais est simple : le peuple guinéen acceptera-t-il encore longtemps cette dérive totalitaire ?
Si la justice se tait, si la société civile cède à la peur, si les voix contestataires sont réduites au silence, alors le CNRD aura gagné son pari : instaurer une Guinée où la peur règne et où seul Doumbouya décide de qui parle et qui se tait.
Mais si les Guinéens résistent, si la communauté internationale se mobilise, si les citoyens refusent d’accepter cette tyrannie rampante, alors le régime pourrait bien précipiter sa propre chute.
Une chose est sûre : l’histoire ne pardonne jamais aux régimes qui pensent pouvoir écraser indéfiniment leur peuple.
— conakrylemag




