
Disparition d’activistes et de journalistes : quand le fatalisme cache l’impunité
« Laissons Dieu nous aider. » Voilà la réponse de Badra Koné, secrétaire général du PDS à Matam, face aux disparitions inquiétantes d’activistes et de journalistes en Guinée. Une phrase qui, sous couvert de foi et de résignation, illustre surtout l’inertie complice des autorités. Car pendant que certains prient, d’autres disparaissent.
« Laissons Dieu nous aider. »
Silence, on fait disparaître !
Depuis plusieurs mois, un climat de peur s’installe. Des voix dissidentes s’éteignent brutalement, des journalistes et des activistes disparaissent mystérieusement. On ne les retrouve pas. On ne les cherche pas vraiment non plus. En tout cas, pas avec l’empressement qu’exige une démocratie digne de ce nom.
Face à cette situation, le pouvoir joue la carte de l’aveuglement volontaire. Et quand il daigne réagir, c’est pour livrer des déclarations creuses et désarmantes comme celle de Badra Koné. Un mélange de fatalisme et de désengagement qui frôle l’indécence.
La foi, bouclier des lâches ?
Évoquer Dieu pour justifier l’inaction est une vieille recette des régimes en manque d’arguments. Comme si l’État n’avait aucun rôle à jouer. Comme si l’insécurité frappant ceux qui osent critiquer le régime relevait du destin et non d’un système savamment entretenu.
Si Badra Koné et consorts veulent prier, grand bien leur fasse. Mais la Guinée n’a pas besoin d’un pouvoir qui prie, elle a besoin d’un pouvoir qui protège. D’un État qui enquête, qui arrête les coupables, qui garantit la liberté d’expression.
De la résignation à l’indignation
Si nous laissons ce fatalisme s’installer, demain, il ne restera plus personne pour parler. Plus de journalistes pour informer. Plus d’activistes pour dénoncer. Et quand ce jour viendra, que diront-ils encore ? Que c’était la volonté divine ?
À force de confier à Dieu ce qui relève du devoir de l’État, on finit par transformer l’impunité en fatalité. Or, les disparitions forcées ne sont ni un mystère ni une fatalité. Elles sont le symptôme d’un régime qui étouffe ses opposants et qui espère qu’avec le temps, le silence devienne la norme.
Mais non. Pas cette fois. Pas maintenant. Pas en Guinée.
— conakrylemag




