MAURITANIE : TROIS ANS DE PRISON POUR UN JOURNALISTE QUI AVAIT LANCÉ SA CHAUSSURE SUR UN MINISTRE
Des policiers mauritaniens patrouillent à Nouakchott en août 2008 | AFP/Archives | STR
Des policiers mauritaniens patrouillent à Nouakchott en août 2008 | AFP/Archives | STR

MAURITANIE : TROIS ANS DE PRISON POUR UN JOURNALISTE QUI AVAIT LANCÉ SA CHAUSSURE SUR UN MINISTRE

Un journaliste mauritanien, militant d’un mouvement de jeunes opposé au pouvoir en Mauritanie, a été condamné à trois ans de prison ferme jeudi à Nouakchott, pour avoir lancé sa chaussure sur un ministre, selon une source judiciaire et ses avocats.

Le journaliste Cheikh Baye Ould Mohamed, âgé d’une trentaine d’années, animateur d’un site d’informations, “Meyadine” (Domaines, en langue arabe), participait le 30 juin à un point de presse hebdomadaire du porte-parole du gouvernement, Mohamed Lemine Ould Cheikh, lorsqu’il lui a lancé sa chaussure, sans l’atteindre, le qualifiant de “ministre du mensonge”.

Il avait été avait été maîtrisé par des policiers, arrêté et détenu dans un commissariat de police, avant d’être inculpé et écroué le 11 juillet.

“Le journaliste a comparu devant la Chambre correctionnelle du tribunal de Nouakchott pour +outrage et violence contre une autorité publique durant l’exercice de ses fonctions+”, a affirmé à l’AFP la source judiciaire jeudi, à l’ouverture de son procès.

En fin de journée, la cour a rendu sa décision et condamné l’accusé à trois ans de prison ferme, selon la même source judiciaire et les avocats de la défense, qui ont annoncé qu’ils interjetteront appel.

Me Brahim Ould Ebetty, qui dirige le collectif des avocats de l’accusé, a souligné auprès de l’AFP que le juge “n’a même pas suivi les demandes du parquet”, le procureur ayant réclamé la peine minimale à son encontre.

“Le juge nous confirme que nous sommes dans un Etat d’exception, c’est le fait du Prince. Nous sommes dans un état de désolation indescriptible”, a déclaré Me Ould Ebetty. La défense fera immédiatement appel contre “cette décision insensée”, a-t-il dit.

“C’est une décision injuste et excessive, qui rentre dans le domaine de l’imprévisibilité juridique”, a de son côté affirmé Me Yarba Ould Ahmed Saleh, autre avocat de la défense.

Aucun commentaire n’avait pu être obtenu dans l’immédiat dans le camp de l’accusation.

La décision a été accueillie par des huées et vives protestations de jeunes, membres du “Mouvement du 25 février” – né dans le sillage du printemps arabe, opposé au régime du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz -, dont le journaliste est un militant.

Des membres de ce mouvement avaient organisé la semaine dernière un rassemblement devant la prison où il était détenu à Nouakchott pour réclamer sa remise en liberté. Ils avaient qualifié son geste en direction du ministre de “protestation civilisée et dans les normes”, dans un communiqué.

Son lancer de chaussure fait écho à d’autres événements similaires. Il rappelle notamment celui d’un journaliste irakien en 2008 qui avait visé avec sa chaussure de sport le président américain d’alors, George W. Bush, lors d’une conférence de presse à Bagdad. Ce dernier l’avait évitée.

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