Kassory Fofana brise le silence : Résignation ou message codé ?
L’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, condamné par la CRIEF et enfermé dans un feuilleton judiciaire aux allures de règlement de comptes politique, a fini par faire entendre sa voix. Dans un message soigneusement formulé, il déclare :
« Le silence ne signifie pas indifférence. La prison n’est pas une condamnation sans retour. »
Une phrase qui sonne à la fois comme une résilience et un avertissement. Mais derrière ces mots pesés, que faut-il vraiment comprendre ? Un Kassory résigné face à son sort, ou un Kassory en embuscade, attendant le bon moment pour rebondir ?
Une condamnation politique déguisée en justice
Depuis son arrestation, Kassory Fofana est devenu le symbole d’une justice instrumentalisée par la junte militaire. Officiellement poursuivi pour détournement de fonds publics, il a été jeté en pâture par la CRIEF, qui ne semble avoir qu’un seul objectif : neutraliser les figures de l’ancien régime, tout en laissant prospérer les nouveaux intouchables du CNRD.
Les faits sont là :
- Pourquoi seule une poignée d’anciens dignitaires est-elle poursuivie, pendant que les nouveaux riches du régime militaire mènent grand train sans être inquiétés ?
- Pourquoi l’État guinéen a-t-il renoncé à faire appel de sa condamnation, comme s’il voulait clore le dossier sans trop de remous ?
- Pourquoi les vrais dossiers de corruption actuels – notamment ceux liés aux marchés publics et aux ressources minières sous la transition – restent-ils dans l’ombre ?
La réponse est simple : la CRIEF n’est pas un organe judiciaire, c’est une arme politique au service du pouvoir en place.
Kassory, un homme à abattre… mais pas oublié ?
Si Kassory Fofana semble évincé du jeu politique, son message laisse entrevoir une autre réalité : il reste une carte que certains, dans l’ombre, n’ont pas encore brûlée.
Car si son emprisonnement visait à effacer définitivement son influence, force est de constater que son nom continue de circuler dans les sphères politiques.
- Au sein de l’ancien RPG, certains n’ont pas tourné la page Kassory.
- Dans les cercles d’affaires, il conserve encore des appuis.
- Même parmi certains membres du CNRD, l’idée d’en faire un levier politique en cas de crise n’est pas exclue.
Et c’est là tout le paradoxe de la stratégie du CNRD : en cherchant à humilier Kassory, ils lui ont aussi donné le statut de victime d’une persécution politique, une image qui pourrait bien servir à son retour… ou à celui de ses partisans.
La prison, une purge ou une opportunité ?
L’histoire récente de la Guinée a prouvé qu’un passage en prison n’est pas forcément la fin d’une carrière politique.
- Alpha Condé a connu la prison avant de devenir président.
- Cellou Dalein Diallo a subi l’exil et la répression, mais reste un acteur incontournable.
- Dadis Camara, malgré sa disgrâce, est toujours un nom qui compte.
Kassory semble donc préparer le terrain pour l’avenir, en misant sur l’usure du régime militaire et l’éventuelle lassitude du peuple vis-à-vis du CNRD.
Le silence avant la tempête ?
En affirmant que « le silence ne signifie pas indifférence », Kassory envoie un message clair :
- Il observe, il attend.
- Il sait que la roue politique tourne.
- Il sait que le régime actuel finira par être confronté à ses propres contradictions.
Si Mamadi Doumbouya et son clan pensent avoir définitivement enterré l’ancien Premier ministre, ils pourraient bien se heurter à une résurgence inattendue.
La Guinée a une longue tradition de résilience politique, où les bannis d’hier deviennent les atouts de demain.
Le jeu est loin d’être terminé. Et dans l’ombre, Kassory semble bien décidé à attendre son heure.
— conakrylemag




