Guinée : « La justice est devenue un outil au service de l’exécutif », dénonce le camp de Cellou Dalein Diallo
Conakry, le 28 février 2025 – La scène politique guinéenne est une fois de plus secouée par une vive controverse. L’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), principal parti d’opposition dirigé par l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, accuse la justice guinéenne de servir les intérêts du pouvoir en place. Dans un contexte où plusieurs acteurs politiques et membres de la société civile sont détenus sans procès, cette déclaration ravive les inquiétudes sur l’indépendance des institutions judiciaires du pays.
Une justice sous influence ?
Lors d’un entretien avec la presse, Souleymane Souza Konaté, conseiller en communication de Cellou Dalein Diallo, a vivement critiqué la gouvernance actuelle du système judiciaire. Selon lui, la justice guinéenne ne respecte plus les principes fondamentaux de l’État de droit et fonctionne désormais sous l’influence directe de l’exécutif.
« Nous assistons à une instrumentalisation flagrante de la justice qui ne fait qu’exécuter les volontés du pouvoir en place. Nos compatriotes sont arrêtés et maintenus en détention sans procès, en violation totale des lois du pays », a-t-il dénoncé.
Cette sortie médiatique intervient alors que plusieurs figures de l’opposition et de la société civile sont détenues depuis des mois, voire des années, sans avoir été jugées. Un phénomène que les opposants qualifient de « stratégie d’intimidation visant à museler toute voix dissidente ».
Détentions prolongées et climat de tension
Depuis la prise du pouvoir par le général Mamadi Doumbouya, les tensions entre le gouvernement de transition et l’opposition n’ont cessé de croître. Plusieurs responsables politiques, activistes et journalistes ont été arrêtés pour des motifs que leurs partisans jugent politiques et arbitraires.
Les récentes arrestations de figures connues telles que Ousmane Gaoual Diallo et Fodé Baldé, tous deux membres influents de l’opposition, ont exacerbé les tensions. Leurs avocats dénoncent une absence totale de preuves et un non-respect des procédures légales.
« Quand des citoyens peuvent être arrêtés sans mandat, détenus sans procès et jugés dans des conditions opaques, cela prouve que la justice est devenue un outil répressif au service du pouvoir », déclare un membre du collectif d’avocats défendant les détenus politiques.
Vers un verrouillage du paysage politique ?
L’UFDG et d’autres partis d’opposition s’inquiètent d’une volonté délibérée du régime de restreindre l’espace démocratique. En octobre 2024, les autorités ont annoncé la dissolution de 53 partis politiques et la suspension d’une cinquantaine d’autres, une mesure justifiée par des « irrégularités administratives ». Cette décision a été perçue comme une manœuvre politique pour neutraliser toute opposition avant une éventuelle transition démocratique.
L’analyste politique Mamadou Sylla estime que ces mesures s’inscrivent dans une stratégie visant à écarter tout adversaire politique potentiel.
« Les arrestations arbitraires, la dissolution de partis et la restriction des libertés individuelles sont des signaux inquiétants. On observe une tentative progressive de confiscation du pouvoir, sous prétexte de transition », analyse-t-il.
La crainte d’un embrasement social
Face à cette situation, de nombreux observateurs redoutent une montée des tensions et un possible retour des violences. L’histoire récente de la Guinée est marquée par de nombreuses crises politiques ayant dégénéré en affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l’ordre.
« Si cette dérive continue, nous risquons d’entrer dans une spirale dangereuse où l’oppression et la répression pousseront la population à la révolte », avertit un militant des droits de l’Homme basé à Conakry.
De son côté, l’UFDG appelle la communauté internationale à exercer des pressions sur le régime militaire pour garantir une justice équitable et libérer les détenus politiques.
Quelle issue pour la Guinée ?
Alors que le pays est censé préparer une transition démocratique, les récents événements jettent le doute sur la volonté réelle du pouvoir de restituer le pays à un régime civil.
Si aucune réforme significative n’est entreprise, le climat politique risque de se détériorer davantage, avec des conséquences imprévisibles sur la stabilité du pays.
L’opposition, quant à elle, promet de maintenir la pression et d’utiliser tous les moyens légaux pour restaurer l’État de droit.
L’avenir de la Guinée dépendra donc de la capacité du régime à garantir une justice indépendante et impartiale, condition essentielle pour éviter un nouveau cycle de crises politiques et sociales.
Par la rédaction
— conakrylemag




