
Ramadan et Carême : Doumbouya tente d’acheter la paix sociale avec du riz et du sucre
Décidément, Mamadi Doumbouya ne recule devant rien pour soigner son image d’homme providentiel, quitte à prendre les Guinéens pour des naïfs. Cette fois-ci, c’est avec un bruyant élan de charité publique, à grand renfort de sacs de riz, de sucre et autres denrées alimentaires, que le général-président entend séduire les femmes et filles de Guinée à l’occasion du Ramadan et du Carême. Mais, derrière cet écran de générosité savamment orchestré, se cache surtout une opération grossière de communication politique destinée à faire oublier l’essentiel : le désastre économique et social qu’il impose à la Guinée depuis son arrivée au pouvoir.
Quand la politique se transforme en distribution de cadeaux
Soyons francs : distribuer quelques milliers de tonnes de riz, d’huile et de sucre à l’approche du Ramadan et du Carême peut certes soulager momentanément quelques familles dans la précarité. Mais qui pourrait croire sérieusement que cette générosité soudaine relève d’un réel souci social ? Ne soyons pas dupes. Mamadi Doumbouya ne fait rien gratuitement. Son calcul politique est aussi clair qu’un ciel sans nuages : calmer la colère grandissante des populations écrasées par l’inflation et la pauvreté galopante qui règnent en Guinée depuis que son régime militaire règne sans partage.
Cette générosité à géométrie variable ressemble étrangement à celle des anciens régimes autoritaires du continent africain, où chaque distribution alimentaire publique servait d’alibi commode pour camoufler l’échec économique et social des dirigeants. Doumbouya ne fait donc rien d’original : il recycle simplement une vieille recette de gouvernance paternaliste, voire méprisante, consistant à acheter temporairement le silence et la résignation de ses concitoyens.
Les miettes d’un festin réservé à quelques privilégiés
Cette mise en scène soigneusement médiatisée du général Doumbouya posant fièrement devant des stocks alimentaires ne trompera personne sur la réalité quotidienne des Guinéens. Tandis que le régime parade avec ces denrées, l’écrasante majorité des citoyens peine à joindre les deux bouts chaque jour, affrontant des hausses incessantes du coût de la vie, des pénuries d’eau et d’électricité, et une insécurite alimentaire rampante.
D’ailleurs, est-il vraiment honorable, pour un chef d’État, d’offrir avec une telle ostentation ce qui constitue le strict minimum vital ? N’est-ce pas plutôt le signe d’un échec cuisant, celui de ne pas être capable de garantir à son peuple les conditions minimales pour vivre dignement, sans dépendre des cadeaux ponctuels d’un président omnipotent ?
Une générosité financée par l’argent public
On applaudit la générosité apparente du général Doumbouya, mais il serait utile de rappeler une vérité évidente : cet argent ne sort pas des poches personnelles du général-président. Non, ces sacs de riz et ce sucre ne sont pas le fruit de ses économies personnelles ou d’une charité désintéressée. Il s’agit bel et bien de ressources publiques, provenant directement des caisses d’un État déjà exsangue. Ainsi, Doumbouya se sert-il des ressources nationales pour s’offrir une belle image à moindre frais, une opération marketing payée par le contribuable guinéen lui-même.
Au lieu d’offrir des solutions pérennes et durables à la crise sociale que traverse la Guinée, le chef de la junte préfère la facilité d’une action ponctuelle, éphémère, destinée uniquement à servir ses intérêts politiques immédiats. À quand une véritable politique sociale et économique digne de ce nom, qui évitera aux Guinéens d’attendre chaque année l’aumône présidentielle pour remplir leurs assiettes ?
Femmes et filles de Guinée : bénéficiaires ou victimes d’une manipulation grossière ?
En ciblant spécifiquement les femmes et filles de Guinée, le général Doumbouya révèle un opportunisme politique qui frôle le cynisme. Alors même que les femmes guinéennes restent les premières victimes de la pauvreté, de la précarité sanitaire et de la violence institutionnelle, le régime militaire tente de masquer ces réalités douloureuses derrière des distributions publiques de denrées alimentaires.
Cette démarche paternaliste masque mal le vide abyssal du bilan social du régime militaire. Pourquoi, plutôt que de distribuer du sucre et du riz de manière ponctuelle, ne pas investir massivement dans l’éducation des jeunes filles, dans des programmes de santé maternelle efficaces ou dans l’autonomisation économique réelle des femmes guinéennes ? Sans doute parce que cela serait moins spectaculaire médiatiquement, mais bien plus efficace socialement.
Derrière la charité affichée, le mépris d’un peuple affamé de justice
En réalité, la démarche du général Doumbouya reflète davantage un profond mépris envers les citoyens guinéens qu’un quelconque souci sincère pour leur bien-être. Offrir de la nourriture une fois l’an pour apaiser temporairement des estomacs affamés ne réglera jamais les problèmes structurels d’un pays plongé dans une crise profonde. Les Guinéens ne demandent pas des cadeaux ponctuels, mais une gouvernance responsable, transparente et juste, capable d’assurer durablement leur sécurité alimentaire et économique.
La population guinéenne mérite mieux que des opérations ponctuelles de charité publique. Elle exige surtout des comptes sur l’utilisation réelle des fonds publics, sur la gestion opaque des richesses minières du pays, et sur les dérives autoritaires d’un régime militaire qui s’éternise au pouvoir sans apporter de réelles améliorations dans la vie quotidienne.
Conclusion : un pouvoir déconnecté de la réalité des Guinéens
La générosité du général Doumbouya ne convaincra donc que ceux qui veulent bien se laisser aveugler par le riz et le sucre d’un régime en mal de légitimité populaire. Ce n’est pas en distribuant des miettes aux citoyens que la junte obtiendra leur pardon ou leur soutien durable. C’est en apportant des solutions réelles, durables et structurelles que le général-président pourrait espérer mériter un jour le respect et l’affection des Guinéens.
En attendant, cette opération caritative ressemble davantage à une tentative maladroite d’acheter la paix sociale et la sympathie populaire, une technique classique utilisée par les régimes autoritaires en perte de vitesse. Mamadi Doumbouya ferait mieux de se souvenir que les Guinéens ne se nourrissent pas seulement de riz et de sucre, mais aussi de justice, de liberté et d’espoir. Trois denrées essentielles dont il continue malheureusement à priver son peuple.
Alors, général Doumbouya, continuez donc à distribuer vos vivres aux Guinéens. Mais sachez qu’aucune quantité de riz ou de sucre ne suffira jamais à masquer le goût amer de la déception et de la frustration d’un peuple qui attend toujours de vous autre chose que des miettes.
— conakrylemag




