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“Mamadi Doumbouya président du RPG ?” : l’ultime renoncement politique d’un parti en chute libre

“Mamadi Doumbouya président du RPG ?” : l’ultime renoncement politique d’un parti en chute libre

En politique guinéenne, on a tout vu, tout entendu. Mais cette dernière proposition de Mbany Sangaré, éminente figure du RPG-Arc-en-ciel, dépasse l’entendement. Elle tue dans l’œuf le sens même de la République, en vendant pour un plat de lentilles ce qu’il reste de valeurs politiques dans ce pays. Alors redressons la tête et décrivons la scène absurde.

Le contresens partisan : faire d’un putschiste le “gardien” d’un parti

Le RPG n’est pas un simple parti politique. Il a été le parti au pouvoir, celui d’Alpha Condé, celui d’un ancien président élu démocratiquement – jusqu’au 5 septembre 2021, date à laquelle tout a basculé. En proposant que Mamadi Doumbouya, militaire sans combat ni mandat populaire, devienne président du RPG, les responsables du parti érigent en blague une évidence : on ne remet pas un parti démocratique entre les mains d’un putschiste.

Comprenez : un général arrivé au pouvoir par la force, sans armée commandée en guerre, sans projet politique clair, et surtout sans légitimité électorale.

C’est un contresens partisan. Une fumisterie politique. Une façon de dire sans le dire : “Le RPG n’a plus de projet, plus de conviction, plus de sens”. Alors autant céder à l’impératif : faire de Doumbouya le protecteur officiel du parti. Mais à quel prix ? Celui d’une reddition totale.

La trahison des militants : un parti vidé de son âme

Au sein du RPG, il y a peut-être encore quelques cœurs authentiques. Des militants qui croient en l’idée qu’un parti peut exister sans se ranger derrière un chef autoritaire, sans monnayer ses convictions et sans diluer ses principes. Ils doivent se sentir trahis.

Parce que cette proposition  qu’un homme ait droit non seulement à son retour, mais à une édition fatale dans un RPG vidé de ses propres valeurs est la marque même d’un parti vidé de son courage. Et encore pire : elle instaure un précédent. Un piège politique. Un mode d’emploi pour les coups d’État à venir : “vous voulez un parti ? Donnez-le à l’armée, sous tutelle, et tout sera joué.”

Le moment choisi : entre soumission panique et vraie stratégie ?

Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce « on lui confiera le parti » ? Plusieurs explications sont possibles, toutes inquiétantes :

Le moment de faiblesse

Le RPG est en crise. Le régime militaire a neutralisé l’opposition. Les militants hésitent. Les ambitions se divisent. Les prises de parole sont rares. Et voilà ce qui sort : une idée aussi grotesque. Le parti se sent isolé, sans direction, sans soutien. Mais renoncer à faire de Doumbouya son président, ce n’est pas une solution : c’est une abdiquation.

Le baroud désespéré

Le discours est le même que celui d’un parti paralysé. Mais le mot “baroud” indique une stratégie : “à défaut d’avoir du pouvoir, nous nous appuierons sur le pouvoir” – celui de Doumbouya. Comme si l’on disait : nous aussi, on veut être dans le clan des vainqueurs. Le vainqueur, c’est lui. Alors on s’y arrime. On se paysanise.

L’illusion d’un partenariat stratégique

Certains jouent l’illusion qu’il s’agirait d’une alliance stratégique. Mais un partenariat politique repose normalement sur des échanges d’idéologies, de responsabilités, de programmes. Ici, on propose un parti mitoyen, une structure effacée derrière un uniforme. C’est une fausse alliance, un simulacre, un mariage de façade entre l’armée et un parti en perdition.

Une dérive aux conséquences lourdes

Fragmentation des valeurs

Le RPG a été fondé sur des valeurs : développement, inclusion, système de santé, sociétés civiles. En donnant son parti à un militaire, on neutralise ces valeurs. On montre qu’elles étaient, finalement, superflues. Ce qui compte, c’est le pouvoir. La force. L’uniforme.

Perte d’une alternative démocratique

Dans cette transition incertaine, on attendait des partis structurés, fiables. Avec des engagements clairs sur la démocratie. Là, le RPG, par cette proposition, se place… en fantôme politique. Il se neutralise avant même d’essayer. Il oublie qu’il peut représenter une alternative crédible si seulement il se maintenait.

Normalisation d’un régime militaire

Ce geste entérine la militarisation de la politique. Le général ne vient pas seulement pour jouer un rôle : il vient pour imposer un régime d’exception, déguisé en démocratie factice. Et le RPG devient partie prenante de cette inflexion autoritaire, acceptant la normalité d’un chef militaire à la tête d’un parti démocrate.

Un ton moqueur, un goût amer

On pourrait rire, sincèrement. L’absurdité est si criante. On pourrait souligner l’ironie : que certains responsables du RPG, adversaires déclarés d’Alpha Condé, lui trouvent soudain une utilité après l’avoir combattu, relève d’un humour noir politique dont la Guinée a le secret. Mais il faut plutôt s’indigner.

On aurait voulu détricoter l’histoire politique guinéenne, on ne s’y serait pas pris autrement. D’un parti qui portait l’alternance, on fait un instrument de la junte. D’un parti en quête d’évolution, on fait un repaire des clans. D’un parti de cadres, on fait le relais d’un général. Une humiliation collective.

Comment en est-on arrivé là ?

Un parti fragile en dépit de son aura

Le RPG a été puissant, grâce à Alpha Condé. Mais une fois le leader parti, le parti n’a pas résisté. Pas de structure claire, pas de relève , pas de débats internes. Il était donc vulnérable. Faible. Seul. Face à une junte qui, elle, a un chef. Et des ambitions.

Une transition bâclée

On est censé tendre vers le retour à la Constitution, à des institutions solides. Mais le RPG n’a pas joué son rôle de contrepoids. Il n’a pas profité de cet espace pour se renforcer. Au contraire, il s’est laissé distancer, marginalisé, détourné.

Une élite anesthésiée

Mbany Sangaré représente cette élite anesthésiée. Ne pas voir le danger n’est pas que naïf : c’est complice. Il propose une soumission. Il entérine une rupture. Il soigne l’arbitraire en lui donnant le visage d’un parti. Ce geste est donc lourd : il coupe le dernier lien formel entre démocratie et anciens régimes. Il coupe les ponts.

Ce que cela révèle du paysage politique guinéen

Le basculement vers le régime militaire

Le RPG, en acceptant cette mainmise, montre que le recul de la République est accepté par les anciens. Il n’y a plus de rassemblement sur une vision claire. Il n’y a plus que la résignation, qui vire au renoncement.

La disqualification du concept d’opposition

Pourtant, une opposition forte est nécessaire. Mais celle-ci est ravalée au rang de supplétif. La junte polarise, le RPG participe. Et les Guinéens se retrouvent avec zéro vraie alternative. À la place, des slogans, des illusions, des uniformes prêts à remplacer des programmes.

L’avènement d’une politique sans sens

Aujourd’hui, la politique guinéenne ressemble à une partie de monopoly truquée. Les pions sont déplacés, les règles changent. Un général devient président de parti. Un putschiste devient futur garant constitutionnel. Une élite politique abandonne ses fondements. On passe du sens au non-sens.

Est-ce irréversible ? Non, mais urgent.

Tout ce gâchis ne doit pas être figé. Les militants, les citoyens, les jeunes, ont droit à leur mémoire politique. Il faut :

Exiger que les partis civils retrouvent leur indépendance ; Refuser la dérive qui substitue l’uniforme aux idées ; Recréer du débat, de la formation, du programme ; Inventer un parti solide, pas une coquille vide sous sommaire militaire.

Car sinon, c’est la normalisation d’un régime sans légitimité, qui se présentera comme démocrate tout en expulsant les idées derrière l’uniforme.

Le sarcasme comme souffle d’indignation

Oui, on peut tourner cela en dérision :

La belle exportation du concept du “chef militaire aimable que tout le monde veut dans son parti” ; La grandeur paradoxale d’un général au CV politique vierge pour assurer la pérennité d’un parti de gouvernement ; La facilité avec laquelle certains réseaux plient l’échine.

Mais la derision ne suffit pas : il faut aussi réveiller la conscience collective. Montrer que l’écart entre un parti et un troupeau s’est creusé. Que la politique n’est plus un engagement collectif. Que l’État se privatise. Et que les Guinéens sont condamnés à le subir, tant qu’ils n’y mettent pas un terme.

En guise de conclusion (non, mais presque)

Dire que Mbany Sangaré appelle à faire de Doumbouya le président du RPG… ce n’est plus une posture : c’est un funèbre aveu. Un aveu que la politique est morte. Que le dialogue a cédé. Que les militants sont absents. Et que le pays est en train de glisser vers la confusion militaire.

Mais l’Histoire n’est pas finie. Ce que le RPG abandonne aujourd’hui, un autre pourra le récupérer demain. Si l’entêtement ne l’emporte pas. Si la jeunesse refait du politique une liberté. Si les partis cessent d’être des coquilles et redeviennent des projets.

Un parti qui confère son âme à un général… c’est le signe avant-coureur d’un pouvoir confisqué. Et ce pouvoir-là, bien que déjà robuste, n’est pas invincible. Pour l’instant, il ne reste qu’à décider si l’on est d’accord pour l’appuyer. Ou si l’on préfère se battre pour une Guinée qui croit encore en ses idées — pas en ses soldats.

 

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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