
210 millions pour l’eau en Guinée : encore un prêt, encore des promesses, encore des fuites… mais jamais dans les robinets
210 millions de dollars. C’est la nouvelle pluie d’argent annoncée en grande pompe par le gouvernement guinéen. Grâce à un partenariat fraîchement scellé avec la Banque mondiale, la Guinée entend « accélérer l’accès à l’eau potable », un chantier qui, comme d’habitude, commence avec des milliards et finit… dans des seaux vides.
La photo officielle est là : sourires forcés, poignées de mains, discours lustrés. Mais derrière l’image, la réalité est toujours la même : Des quartiers entiers sans eau courante. Des forages jamais terminés. Des stations de traitement en ruine. Et des femmes qui se lèvent à 4h du matin pour puiser de l’eau boueuse, pendant que les autorités signent des accords climatisés.
De l’argent, il y en a. Ce qui manque, c’est la volonté… et l’honnêteté
Ce n’est pas la première fois que la Guinée mobilise des fonds internationaux pour l’eau. Et ce ne sera sûrement pas la dernière. Depuis des décennies, des centaines de millions ont été injectés dans des programmes aux noms ronflants : PNAEPA, PEH-GUI, projets SEEG, partenariats avec la BAD, l’AFD, etc.
Mais à chaque fois, le scénario se répète : On annonce des milliards. On lance des séminaires. On signe des contrats opaques. On monte des comités de pilotage. Et au bout ? Des tuyaux vides, des marchés surfacturés, et une eau toujours plus lointaine.
Alors oui, 210 millions, c’est impressionnant. Mais à qui profite réellement cette manne ? Certainement pas aux habitants de Kagbélen, Wanindara, Kankan ou Télimélé qui continuent de boire de l’eau de marigot ou d’acheter un bidon à 5.000 GNF.
Un secteur miné par la corruption, l’opacité et le clientélisme
Le problème de l’eau en Guinée n’est pas technique. Il est politique. Structurel. Moral. Des marchés attribués sans appel d’offres. Des équipements installés mais jamais mis en service. Des forages “réalisés” sur papier. Des agents qui détournent les fonds d’entretien pour arroser leurs supérieurs.
Et pendant ce temps, la SEG (Société des Eaux de Guinée), organisme public censé assurer l’approvisionnement, fonctionne comme une entreprise fantôme, rongée par l’incompétence, la gabegie et l’ingérence politique.
Des robinets à sec, mais un État toujours en campagne de com’
Ce prêt de 210 millions vient s’ajouter à une longue liste de financements annoncés avec tambour et trompettes, souvent en période de tension sociale ou de déficit d’image pour le régime. Un hasard ? Sûrement pas.
Le pouvoir a compris que l’eau est un excellent outil de propagande.
“Nous travaillons pour le peuple”, disent-ils.
Mais quel peuple, exactement ? Celui des fiches techniques ou celui des files d’attente devant les puits communautaires ?
La Banque mondiale : partenaire ou complice involontaire ?
Chaque fois que ces milliards tombent, les bailleurs internationaux se félicitent de leur “partenariat stratégique” avec la Guinée.
Mais ces institutions, censées imposer des mécanismes de suivi, ferment trop souvent les yeux sur l’absence de transparence.
Résultat ? Elles prêtent à un État qui n’a pas prouvé sa capacité à gérer, à exécuter ni à rendre compte.
210 millions aujourd’hui, mais combien iront dans les salaires fictifs, les per diem, les ateliers à l’hôtel, les audits truqués, les véhicules de fonction inutiles ?
Et le citoyen, lui, continue de marcher des kilomètres pour une bassine d’eau
Pendant que les ministres annoncent des millions, pendant que les banques sourient sur les photos, le peuple, lui, reste au bord du puits.
Pas celui de la fortune. Non. Celui de la galère.
Les enfants ratent l’école parce qu’ils doivent aider à chercher de l’eau.
Les femmes passent leurs journées à guetter un filet au robinet municipal.
Et pendant ce temps, les villas des puissants ne manquent jamais d’eau, grâce à leurs citernes, leurs forages privés et leurs contrats préférentiels.
Ce que le peuple attend, ce ne sont pas des milliards. Ce sont des gouttes.
De l’eau potable, régulièrement. Un service public fiable. Des infrastructures durables. Des comptes clairs.
Mais en Guinée, l’eau coule rarement au bon endroit. Elle finit toujours dans les circuits de la corruption, pas dans les canalisations.
Alors, 210 millions de plus ? Pourquoi pas.
Mais tant que le système reste pourri, vous pouvez signer tous les contrats du monde :
les robinets resteront vides.
Et à force d’assoiffer le peuple, c’est la légitimité même du pouvoir qu’on laisse s’évaporer.
— conakrylemag





