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28 septembre 2009 : Doumbouya joue à l’humanitaire, quinze ans trop tard

Justice ou chèque : il faut choisir

28 septembre 2009 : Doumbouya joue à l’humanitaire, quinze ans trop tard

Comme toujours en Guinée, les bonnes intentions du pouvoir arrivent avec quinze ans de retard, une arrière-pensée bien lourde, et une hypocrisie qui dégouline. Cette fois, c’est sur le drame national du 28 septembre 2009 que le général Mamadi Doumbouya tente de se refaire une virginité politique. Dans une décision annoncée avec tambours et trompettes, le président de la junte décrète l’indemnisation des victimes du massacre. Un « acte majeur », paraît-il. Mais dans les faits, une opération de communication soigneusement calculée, à la veille de grands rendez-vous politiques, dans un climat de défiance généralisée.

Car ne nous y trompons pas : le sang versé ce jour-là n’appelle pas des chèques. Il appelle justice. Vérité. Dignité. Et Mamadi Doumbouya, qui se prend pour le réparateur de l’irréparable, fait mine de soigner une plaie béante avec un pansement administratif.

L’indemnisation, ou comment acheter le silence des survivants

Qu’on soit clair : les victimes du 28 septembre méritent réparation. Financière, symbolique, morale. Mais ce que le régime propose aujourd’hui, c’est une indemnisation sans vérité, une reconnaissance sans procès abouti, un soulagement apparent sans volonté politique réelle.

On veut dédommager, certes. Mais sans déranger les puissants de l’époque, sans aller au bout des responsabilités, sans affronter les connexions politiques actuelles qui remontent à l’époque Conté et au régime Camara. Et pendant que certains bourreaux dorment tranquilles, les victimes, elles, reçoivent des montants fixés par décret, sans procès finalisé, sans reconnaissance pénale claire.

C’est un simulacre de justice. Une opération cosmétique. Et surtout, un marché de dupes.

Pourquoi maintenant ? À qui profite ce soudain élan de générosité ?

Doumbouya est au pouvoir depuis près de trois ans. Le massacre du 28 septembre date de 2009. Le procès, ouvert en 2022, traîne, patine, stagne. Et voilà qu’à l’approche de tensions sociales, de critiques internationales et de contestation politique montante, on se souvient soudain des martyrs du stade.

Hasard du calendrier ? Certainement pas. Il s’agit ici d’une stratégie de diversion bien huilée : détourner l’attention, se racheter une image auprès des chancelleries occidentales, tenter de rallier une partie de l’opinion publique. Et tout ça, avec quelques enveloppes soigneusement distribuées, pendant que l’appareil judiciaire, lui, reste aux ordres.

Une junte qui instrumentalise la mémoire nationale

Le massacre du 28 septembre n’est pas une ligne dans un rapport. C’est une blessure historique, un traumatisme collectif. Ce jour-là, des centaines de Guinéens ont été tués, violés, humiliés, parce qu’ils réclamaient le droit de vivre en démocratie. Ce n’était pas un accident. C’était un crime d’État.

Et aujourd’hui, ce même État, sous un régime militaire qui refuse toute transition politique réelle, vient prétendre réparer les dégâts… sans jamais s’engager clairement à faire triompher la justice.

Pire encore, Doumbouya se pose en héritier de la rédemption, alors même qu’il piétine au quotidien les libertés pour lesquelles ces martyrs sont morts. Quelle indécence.

Justice ou chèque : il faut choisir

L’indemnisation n’est pas un substitut à la justice. Elle doit en être la conséquence, pas l’alternative. Le vrai acte majeur aurait été d’accélérer le procès, d’identifier tous les responsables, d’ouvrir les archives, de protéger les témoins, de montrer que le pouvoir n’a rien à cacher.

Mais non. On préfère acheter la paix sociale, comme on achète le silence. Avec des montants fixés par ordonnance, des calculs faits dans les bureaux, sans débat public, sans consultation large des victimes, sans reconnaissance pleine et entière de leur combat.

Ce que les familles du 28 septembre attendaient, ce n’était pas un décret signé d’en haut. C’était une parole forte, un engagement ferme, un aboutissement judiciaire clair. En attendant, elles devront se contenter d’un chèque… pendant que l’Histoire, elle, attend encore son jugement.

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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