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Par Béatrice DEBUTPretoria (Afrique du Sud) (AFP)© 2017 AFPAfSud-politique-police-justice
Imtiaz Cajee montre le 25 mai 2017 à Pretoria une photo de son oncle, Ahmed Timol, militant anti-apartheid, mort brutalement pendant sa détention par la police sud-africaine en octobre 1971 | AFP | GIANLUIGI GUERCIA

Afrique du Sud: la machine à « broyer » de l’apartheid sur le banc des accusés

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Faux attentats, détenus électrocutés, signatures contrefaites: à la barre, ex-tortionnaire, victimes de l’apartheid, pathologistes replongent l’Afrique du Sud dans les heures les plus sombres de son histoire, lors de la réouverture de l’enquête sur Ahmed Timol, militant communiste décédé au quartier général de la police en 1971.

« J’étais un très jeune type attiré par toutes ces histoires d’agents secrets à la James Bond », lâche le prolixe Paul Erasmus, un ex-policier chargé des « sales coups » pour le gouvernement blanc pendant 17 ans.

Son rôle ? « Faire croire au monde que l’ANC (Congrès national africain, fer de lance de la lutte contre l’apartheid) était une bande de brutes », raconte le sexagénaire au tribunal de Pretoria cette semaine. « Aujourd’hui, on appellerait ça des fake news »…

Et Paul Erasmus de déballer pendant plusieurs heures, devant un public médusé, les techniques ultra violentes de la branche sécuritaire de la police de l’apartheid.

« La torture faisait partie du quotidien » au QG de la police à Johannesburg, affirme l’ancien fonctionnaire, qui reconnaît avoir « torturé un paquet de gens ».

Et de raconter dans le menu détail les sévices infligés aux détenus: cet homme dont les testicules ont été « écrasés comme du poivre ». Radio Moscou était le surnom donné à des électrochocs si puissants que « peu pouvaient les supporter ».

Paul Erasmus n’avait pas encore intégré la police quand Ahmed Timol est retrouvé mort le 27 octobre 1971 au pied du QG de la police à Johannesburg, cinq jours après son arrestation.

Officiellement, l’homme de 29 ans s’est suicidé du 10e étage du bâtiment, célèbre pour abriter des interrogatoires musclés. Y a notamment officié « Little Hitler », le surnom donné au patron des enquêtes, le colonel Arthur Benoni Cronwright, un « fou total », selon Paul Erasmus.

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En appelant à la barre l’ancien policier, la famille Timol – qui vient d’obtenir après une longue bataille la réouverture fin juin de l’enquête – entend décrire les nauséabondes méthodes du régime de l’époque.

– Propagande –

L’objectif: faire éclater la vérité sur la mort d’Ahmed Timol, à défaut d’obtenir des poursuites. Car sa famille en est convaincue: le jeune militant communiste a été tué et son meurtre maquillé en suicide.

Devant le tribunal mercredi, une médecin légiste affirme que « les multiples blessures » sur le corps d’Ahmed Timol « ne peuvent pas être imputées à une chute en hauteur » et « indiquent que le défunt a été brutalisé pendant sa garde à vue. »

Paul Erasmus enfonce le clou. Il décrit le rôle des « balayeurs », ces agents chargés de garder intacte la réputation de la police.

L’ancien fonctionnaire, qui a consigné ses 17 années de service dans des journaux de bord aujourd’hui jaunis, se vante aussi de sa capacité à « contrefaire n’importe quoi » pour alimenter la propagande. « Je me suis entraîné des heures à imiter la signature de Desmond Tutu », le célèbre archevêque qui luttait contre l’apartheid.

Le moment est historique. Pour preuve, il est retransmis en direct à la télévision.

Paul Erasmus semble d’ailleurs tout droit sorti des années 80: épaisse chevelure grisonnante bouclée jusqu’aux épaules et blouson en cuir noir bien trop large.

Les questions de l’avocat de la famille Timol sont courtes, les réponses de Paul Erasmus souvent longues. « Il a besoin que ça sorte », explique à l’AFP son fils Dylan.

– Messages cryptés –

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A la barre, Stephanie Kemp, une ancienne membre du Parti communiste sud-africain (SACP), qui communiquait par messages cryptés avec Ahmed Timol, raconte les tortures qu’elle a subies.

« Ils m’ont attrapée par les cheveux et frappée jusqu’à ce que je m’évanouisse. Ils voulaient nous broyer », raconte cette femme très digne.

De 1996 à 1998, la Commission vérité et réconciliation (TRC) avait déjà révélé l’ampleur des horreurs de l’apartheid et la stratégie du régime qui est officiellement tombé en 1994. En échange d’aveux complets de leurs crimes politiques, policiers, militaires et ministres pouvaient obtenir l’amnistie.

Paul Erasmus a d’ailleurs obtenu à cette occasion l’amnistie pour la plupart de ses crimes.

Mais le concept révolutionnaire de la TRC a montré ses limites. Nombre de ses recommandations sont restées lettre morte: la justice n’a engagé des poursuites que dans seulement une poignée de quelque 300 affaires.

Avec la réouverture de l’affaire Timol, « on assiste à une seconde vague de témoignages après la TRC », se réjouit Marjorie Jobson de l’association Khulumani qui vient en aide aux victimes de l’apartheid. « La vérité éclate », lance-t-elle, émue.

« La TRC avait le désir de regarder vers l’avenir, pas vers le passé. Cela n’a pas donné satisfaction à ceux qui avaient été impliqués dans les actions contre le régime », constate George Bizos, avocat des droits de l’Homme, interrogé par l’AFP.

Selon lui, l’affaire Timol pourrait permettre de faire enfin la lumière sur d’autres affaires sombres de l’apartheid.

Notamment celles de Neil Aggett, un militant retrouvé mort en 1982, lui aussi au QG de la police. Devant le juge cette semaine, Paul Erasmus a affirmé que la police avait reçu l’ordre « de prouver qu’il était suicidaire depuis sa naissance ». Une révélation qui a fait trembler l’audience.

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