Alpha Condé, accusé de trahison et de détention d’armes : vers un procès…

Alpha Condé, accusé de trahison et de détention d’armes : vers un procès… ou un règlement de comptes ?
Le moment que le régime de Doumbouya attendait avec gourmandise semble enfin arriver. Selon Mediaguinee, le procès d’Alpha Condé — ex-président déchu — pour « trahison » et « complicité de détention illégale d’armes » serait sur le point de s’ouvrir. On imagine déjà les projecteurs braqués sur la salle d’audience, les micros tendus, les caméras allumées… et l’agenda politique bien huilé.
Car soyons clairs : plus qu’un procès, c’est une pièce de théâtre politique qui se prépare. L’ancien maître de Sékhoutouréya sera sur le banc des accusés, mais en réalité, le seul verdict déjà écrit d’avance sera celui de la vengeance.
Trahison ? Détention d’armes ? Ou crime d’avoir perdu le pouvoir ?
Les chefs d’accusation sont lourds. « Haute trahison » et « complicité de détention illégale d’armes ». L’intitulé fait frissonner. Mais en creusant un peu, on retrouve surtout des rumeurs, des imprécisions, et une grosse dose de storytelling militaro-judiciaire.
Détention d’armes ? Le régime dit avoir découvert des caches d’armes supposées appartenir à l’ancien clan présidentiel. Sans jamais montrer ni les armes, ni les preuves tangibles de leur lien avec Condé.
Trahison ? Le mot est fort, mais dans la bouche d’un pouvoir issu d’un putsch militaire, il devient franchement ironique.
Alpha Condé a peut-être beaucoup à se reprocher. Mais dans ce dossier précis, tout ressemble à une vendetta judiciaire, pas à un exercice de justice.
Un procès pour détourner les regards… et enterrer la transition
Ce procès n’arrive pas par hasard. Il tombe à pic : Alors que le fichier électoral est bricolé dans l’opacité. Alors que le référendum constitutionnel est fixé en catimini pour septembre. Alors que les appels à la candidature de Doumbouya se multiplient, orchestrés par des mouvements de soutien grotesquement alignés.
Alpha Condé au tribunal ? C’est l’arbre parfait pour cacher la forêt de manœuvres antidémocratiques. Un écran de fumée pour donner l’illusion d’une justice active, pendant que le vrai crime — la confiscation du pouvoir par la junte — se perpétue en toute impunité.
Un procès spectacle, un pouvoir qui jubile
On peut s’attendre à une mise en scène soigneusement chorégraphiée :
Des témoins à charge bien préparés. Des preuves surgies au bon moment. Une opinion publique chauffée par des médias publics aux ordres.
Et au bout, un verdict qui fera de l’ancien président un bouc émissaire idéal, un épouvantail pour justifier la prolongation du pouvoir militaire, et une caution morale pour la reconversion politique de Mamadi Doumbouya.
La stratégie est simple : pendant que vous regardez Alpha Condé, vous oubliez que la Guinée est toujours sous régime d’exception.
Justice ou revanche ?
Ce que les Guinéens attendent, ce n’est pas une justice à deux vitesses, où l’on juge les anciens pendant qu’on protège les nouveaux intouchables du régime.
Ce que les victimes du 28 septembre attendent, c’est que les auteurs des crimes soient tous jugés, pas seulement ceux tombés en disgrâce.
Ce que la jeunesse attend, c’est un État de droit, pas une justice qui punit les perdants et blanchit les vainqueurs.
Alpha Condé jugé, mais pour quoi exactement ?
Soyons sérieux : le vrai crime d’Alpha Condé, aux yeux du CNRD, c’est d’avoir été président avant eux.
D’avoir incarné, malgré ses dérives, une légitimité électorale — même contestée — que le colonel-président ne connaîtra sans doute jamais.
Lui faire un procès, c’est symboliquement l’écraser.
Lui coller une condamnation, c’est effacer une époque pour mieux imposer la suivante.
Mais dans les faits, c’est surtout l’aveu d’un pouvoir qui n’a plus de projet… que la revanche.
Alpha Condé au tribunal ? Peut-être.
Mais le véritable procès que les Guinéens attendent, c’est celui de toutes les trahisons — y compris celle d’un régime qui promettait la refondation et livre chaque jour un peu plus de régression.
Et si trahison il y a… elle est toujours en cours. En costume, en treillis, et bientôt… en bulletin de vote.
— conakrylemag




