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Bah Oury enterre la démocratie : Les contestations sont derrière nous

Bah Oury, nouveau chantre du CNRD : ‘Contester, c’est dépassé !

Bah Oury, la fin des contestations ? Une petite musique pour mieux enterrer le débat démocratique ?

Le Premier ministre Bah Oury, fidèle à une rhétorique de plus en plus affirmée depuis sa nomination à la tête du gouvernement de transition en Guinée, a récemment lancé une pique directe à la classe politique guinéenne : « Il faut savoir que le temps des éternelles contestations est maintenant derrière nous ».

« Il faut savoir que le temps des éternelles contestations est maintenant derrière nous ».

Cette phrase, en apparence anodine, mérite d’être décortiquée avec sérieux. Car au-delà de sa tonalité paternaliste, elle en dit long sur l’orientation politique du régime actuel : un pouvoir qui cherche non à dialoguer, mais à discipliner. Non à convaincre, mais à imposer. Non à construire le consensus, mais à désamorcer toute critique au nom d’une paix factice.


L’appel à la résignation ?

Pour comprendre la portée d’une telle déclaration, il faut replacer les mots de Bah Oury dans leur contexte. Nous sommes à quelques mois d’un référendum controversé sur une nouvelle Constitution, préparée dans la précipitation, dans l’opacité et avec des points profondément inquiétants pour l’équilibre institutionnel. Le fichier électoral est contesté, le climat politique est marqué par des intimidations, des arrestations arbitraires, et une société civile muselée.

C’est dans ce contexte que Bah Oury affirme que les contestations doivent appartenir au passé. Mais quel avenir propose-t-il exactement ? Un avenir sans débats, sans interpellation, sans contre-pouvoirs ?


Un discours aux allures monarchiques

Il faut le dire sans détour : cette petite phrase rappelle moins le discours d’un Premier ministre d’une transition démocratique que celui d’un vizir qui annonce que la parole est désormais close. Comme si, à l’instar d’un arbitre partial, Bah Oury sifflait la fin du match alors même que l’adversaire n’a pas encore été autorisé à entrer sur le terrain.

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Le plus choquant est que cette injonction au silence intervient dans un contexte de plus en plus répressif, où les voix dissonantes se paient cher : arrestations, enlèvements, menaces. Comment oser parler de fin des contestations alors que les conditions d’un débat libre n’ont jamais été aussi compromises ?


L’éloge du conformisme politique

À force de condamner les « contestations », le pouvoir guinéen semble vouloir fabriquer un pays où l’adhésion serait automatique, la critique illégitime et l’opposition criminalisée. Mais contester, en démocratie, n’est ni une tare ni un retard mental. C’est un droit, un devoir citoyen même.

Les grandes avancées démocratiques de la Guinée du multipartisme aux alternances, des marches pacifiques aux combats judiciaires ont été arrachées par ceux qui ont osé contester. Dire aujourd’hui que ce temps est « derrière nous », c’est jeter l’opprobre sur toute cette mémoire collective. C’est gommer l’Histoire. C’est vouloir la réécrire sous la plume de la junte.


Une transition ou une confiscation ?

Si la transition guinéenne avait véritablement pour vocation de déboucher sur une refondation démocratique, elle devrait cultiver la pluralité d’opinions, non la crainte de s’exprimer. Or, à force de verticaliser le pouvoir, de le militariser, de le verrouiller à coups de décrets, le régime du CNRD est en train de glisser de la transition vers la confiscation.

Bah Oury, par ses mots, agit désormais comme un gardien de ce virage autoritaire. Lui qui fut un opposant emblématique, qui a connu l’exil et la marginalisation, est en train d’endosser le rôle d’un sécateur de débats, d’un modérateur de conflits à sens unique : faire taire, plutôt qu’écouter.

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Et les citoyens dans tout cela ?

Le plus inquiétant, c’est que ce type de discours finit par anesthésier le citoyen. En répétant que contester est inutile, que tout est déjà décidé, on finit par fabriquer une société résignée, dépolitisée, et donc vulnérable aux abus.

Or la Guinée, aujourd’hui plus que jamais, a besoin d’une participation civique forte. Elle a besoin que les partis politiques s’expriment, que la société civile débatte, que les médias informent librement, que les citoyens s’interrogent. Refuser les « éternelles contestations », c’est en réalité refuser l’éternel recommencement de la démocratie.


L’unanimisme n’est pas la paix

Bah Oury peut bien se réjouir de l’absence de débat, il peut même en faire un critère de maturité politique. Mais qu’il se détrompe : l’absence de contestation n’est pas le signe d’un progrès, mais celui d’un danger. Un danger pour les libertés, pour la justice, pour la construction d’un avenir commun. La stabilité imposée est un leurre. L’unanimisme de façade est une illusion. Et l’histoire l’a démontré : ce sont souvent les sociétés sans contestation qui basculent dans les plus graves crises.

Il ne reste plus à espérer qu’en Guinée, les voix libres ne prendront pas cette phrase de Bah Oury comme une fatalité, mais comme un signal. Celui qu’il est temps, non pas de se taire, mais de parler plus fort encore.

 

PAR CONAKRYLEMAG.COM

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