C’est fini, je suis en miettes, un méchant palu m’a terrassé
Abdoulaye Sankara
Abdoulaye Sankara

C’est fini, je suis en miettes, un méchant palu m’a terrassé

C’est fini, je suis en miettes, un méchant palu m’a terrassé la semaine dernière et je n’ai pas le moindre rond pour me soigner. Avec tous mes crédits ôtés de mon maigre salaire, il ne me reste plus grand-chose pour faire face à l’ordonnance kilométrique de l’infirmier du coin. J’ai eu beau lui dire, à l’avance, que j’avais les poches trouées, l’enfoiré n’a rien voulu comprendre. Il m’a donné une note aussi longue et aussi amère que les comprimés de quinine. 

Il me fallait un minimum de 100 mille francs pour venir à bout de ma malaria chronique. Si j’ajoute à cela la bouteille journalière de bière qu’il me faudrait pour ma convalescence, eh bien, mes chers amis, je suis foutu. Impossible d’ignorer ce palu qui m’a rendu la langue verdâtre et m’a enlevé toute envie de me soûler. Si je n’ai plus le moindre goût pour mon breuvage vital, c’est que je suis vraiment au fond du trou. Mon ange gardien est tombé sur le cul.


En faisant le tour de mes compagnons de godet, je me suis rendu compte qu’ils sont aussi paumés que moi. Sauf qu’ils n’ont pas chopé ce maudit palu qui m’a mis en panne. Il ne me restait qu’un vieux pote béninois, Faustin, avec qui je me suis fâché pour une histoire de femme. Mais je n’avais pas d’autre choix que d’aller le supplier de me sortir de la gadoue.

Le bougnoule a bien accepté de me dépanner, mais à condition que ça soit lui-même qui règle l’ordonnance. Comme si j’allais me tromper moi-même. Je me suis senti avili. Mais je ne pouvais que me plier à cette conditionnalité humiliante. 


Lorsque la pauvreté vous plonge dans la gadoue, il est bien difficile de parler de dignité. Il ne faut surtout pas faire de la philosophie, cela ne ferait qu’accroître votre angoisse existentielle. Il faut d’abord se soigner, et après tchatcher à qui veut vous entendre. C’est bien ce que j’ai fait, non sans maudire ce destin qui m’a fait naître dans ce foutu continent où l’on est obligé de subir, tout seul, son triste sort.


L’autre jour, j’ai appris à la radio que certains chercheurs seraient en voie de trouver un produit antipaludéen qui ne coûtera que 1 dollar. Vivement que la belle promesse de cette recherche ne soit pas sacrifiée sur l’autel du mercantilisme, pour que je puisse me soigner aussi agréablement du palu comme je déguste une bonne bière bien tapée et ne pas mourir comme un vieux con.

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