Abdoulaye Sankara
Abdoulaye Sankara

Je crois qu’il faut annuler la dette des Africains.

De tous les Africains. Il y a la dette des États, celle qui bouffe nos budgets d’éducation et de santé. Et la dette de nous autres, les particuliers. Et cette dette-là est peut-être la plus grosse dette de toute la planète.

Faites vous-même le cumul de ce que chacun doit à chacun à Conakry et dans toutes les grandes villes de la sous-région. Cela mesure au moins une colline de billets craquants. Ce sont des millions de dollars.


En plus, cette dette colossale est perpétuelle comme le mouvement que personne n’a jamais réussi à inventer. Tout le monde doit tout le temps du fric à tout le monde. D’ailleurs, on dirait que nos vies sont faites pour engendrer des dettes. Je laisse à Ibrahima Sory Diallo le soin d’effacer mes dettes car c’est cailloux.


Surtout que ce matin par exemple, j’ai le palu. Je grelotte. Nous sommes en hivernage et je n’ai pas de fric pour payer la facture des médicaments. Un de mes amis, gaou comme moi, me doit l’argent que je lui ai prêté pour qu’il s’acquitte de ses trois mois de loyer en retard. Je vais lui rendre visite, accompagné de mon palu. Je suis crevard. L’enfoiré ne peut pas me rendre mon pognon.


Je vais frapper à une autre porte et j’emprunte. Je creuse ma dette. En direction de la pharmacie de garde, je grille un sens interdit. Les petits flics ne me font pas de cadeau. Je paye donc avec l’argent des médicaments.

Tant pis, je vais emprunter à la pharmacie… Non ! C’est plus possible!
Et ça continue parfois jusqu’au soir. A 19 heures, je suis couché, l’estomac plein de médicaments de la rue.

Tantie N’Sira vient me réveiller pour m’emprunter quelques feuilles pour les obsèques du cousin Fodé. Je lui dis d’emprunter à notre oncle Bangaly à qui nous devons déjà tous les deux la coquette somme de 4.109.800 francs.


Ces histoires de dettes, c’est pire que le palu. Car, il y a les intérêts de la dette. Chez nous, on ne les paye pas en pourcentage mais bien en angoisse. Pitié les Blancs, pardon le FMI, il faut annuler ma dette et surtout me prêter du fric, je serai bientôt éligible dans le cadre des Pauvres Pauchards Très Endettés (PPTE).

De toutes les façons, même si vous annulez ma dette, je serai toujours à zéro.

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