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Abdoulaye Sankara
Abdoulaye Sankara

Pas fous les mendiants ! A l’époque, ils savaient faire preuve de discernement.

Aujourd’hui, c’est général à Conakry. A tous les coins de rue, à la maison et même au service. Partout, il y a des mendiants, des professionnels, des amateurs, des occasionnels, des petits, des gros.

Avant, un galérien comme moi n’avait aucune chance d’être sollicité. Si ce n’était pas le vendredi à la mosquée, personne ne venait pleurer misère à mes pieds pour me gratter un billet de 500 balles. Pas fous les mendiants ! A l’époque, ils savaient faire preuve de discernement.

Objectivement, j’ai l’air de ce que je suis : un type dans la misère. A priori donc, je ne suis pas une cible pour celui dont l’activité sociale consiste à tendre la main. A priori seulement. Car depuis, les choses ont changé.

Je me demande comment on a fait mais visiblement on a réussi : on est plus pauvres qu’avant. Quel exploit ! Sinon, comment expliquer qu’un type plus en forme que moi, mieux sapé que moi m’arrête dans la circulation, pas plus tard qu’hier, pour me demander un billet de 1000 francs. Je suis descendu de ma voiture, je l’ai fixé. Il sentait bon et avait la bonne bouille d’un mec qui mange du poulet deux fois par jour. J’ai dit : va bosser, enflure !

Et, je suis parti.
Mendiant, c’est devenu un métier, une seconde nature. Tout le monde fait ça. La voisine vient quémander un oignon, les gosses du quartier font la quête pour acheter du thé, le connard du maquis cherche 1000 francs pour compléter le prix de sa bibine, le cousin du village réclame 50000 boules…

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Avant, je me sentais cerné par les cons. Voila qu’aujourd’hui, je suis encerclé par les pauchards déplumés. Je me sens aussi mal à l’aise qu’un Blanc en tourisme. Pourquoi moi ? Arrêtez de me demander du pognon, je n’en ai pas plus que vous !
En fait, je n’aurais jamais dû écrire cela. J’aurais dû ruser.

Vous expliquer que je suis dans une telle mouise que je n’ai même plus les moyens de me payer une simple capsule de mon nectar préféré. Et en appeler à votre gratitude et votre clémence. Si vous voulez m’envoyer du gombo (ça veut dire de l’argent, décidément toi t’as jamais rien pigé), écrivez-moi, mes amis. Monsieur Aigri S/C PRG – Conakry. Et comme je suis un mendiant moderne, je prends les chèques et les bons de trésor que me doit la BADAM depuis cinq ans et que Malhado Kaba refuse de me payer.

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