votre espace publicite 2018

J’enfourche ma moto korboya, en espérant que l’essence ne me lâche pas tout de suite.

J’enfourche ma moto korboya, en espérant que l’essence ne me lâche pas tout de suite.

Aujourd’hui, j’enfile ma plus belle chemise et mon dernier pantalon propre, parce que, ce soir, j’ai un rendez-vous galant. Si la chanson de Daouda le sentimental raconte «qu’entre la plus belle et la plus gentille, mon cœur ne sait qui choisir», disons que, pour moi, la sélection est assez simple en ce moment : c’est celle qui veut. Je ne sais pas si elle est gentille, mais une chose est sûre, ce n’est pas la plus belle. Mais comme me disait Abi Cissé : «Quand on a faim, on mange!» 


Tranquillement, je sors ma moto (j’ai revendu ma voiture pour vivre à la mesure de mes moyens et non plus au-dessus) car je ne voudrais pas arriver en avance. J’enfourche ma moto korboya, en espérant que l’essence ne me lâche pas tout de suite. La voisine ne fait pas gaffe et ne manque pas de faire une bourde : elle vide son eau en plein sur mon pantalon. Furax, je ne peux que faire de grands gestes; elle ne s’excuse pas, ça l’a fait marrer. Et moi, je fais un demi-tour pour montrer à cette gonzesse qu’on ne se fout pas d’un gentleman de cette façon. 


La nuit est tombée et mon phare n’éclaire que le moustique posé dessus. Je pense déjà à ma conquête du soir et aux techniques possibles pour la ramener jusqu’à mon clapier. D’un coup, ma roue part en vrille, et avant même d’avoir bougé le petit doigt, me voilà cul et mâchoire à terre. Sans exagérer, le trou était profond de plus de quatre mètres ! Un gars vient m’aider à me relever et un autre s’occupe de ma moto.

On a des routes minables mais de bons bougres ici-bas. Je constate les dégâts : un rétro, le pédalier désaxé, une égratignure à la main, au coude gauche et une douleur à la hanche. Rien de bien grave, tout de même ! je vous jure que vous auriez aimé voir ma tronche en arrivant au maquis de Henry Taïbheuch Bangoura, avec mon pantalon souillé en bas, déchiré au niveau de la hanche et du sang plein la main gauche, en train de pousser ma moto en panne sèche. Avec les 20.000 balles de réparation en vue, il fallait y aller pour me faire sourire. Avec la sueur et du sang, il ne manquait plus que quelques larmes pour faire plaisir à Churchill.


Elle a intérêt à être conciliante, je ne vais pas me donner du mal ce soir. Je m’installe à une table et me réconforte dans une bonne boisson en l’attendant. Je veux l’appeler, mais je ne sors que des miettes de portable de ma poche gauche. Je demande l’heure. Vu le demi-tour, la chute et la panne, j’ai plus d’une heure de retard. Je demande au serveur Cécé si la fille lui rappelle quelque chose. Il sourit et me tend un bout de papier. Je déplie et découvre le message suivant : M-I-N-A-B-L-E

Related posts

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *