Les perles de sankara

Mille milliards de mille millions de galères !

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Abdoulaye Sankara
Abdoulaye Sankara

Quand j’ai acheté mon vieux tacot, j’étais déjà fauché.

Mais comme à Conakry, pour être ‘’quelqu’un’’ il faut une voiture, je me suis sacrifié. Evidemment, aujourd’hui c’est toujours la galère, plus même. Il y a cette p… de circulation ! Et cette saleté de pollution ! Et tous les diables de la route ! Et puis Conakry est vraiment devenue trop grande.
Sa taille est inhumaine !

Dans un pays où un litre de carburant vaut deux bons repas, on aura bientôt une ville aussi grande que celle des Américains chez qui le litre de carburant vaut tout juste un pet d’hyène.

Tout est injuste, disproportionné, illogique. Le carburant coûte plus cher que le riz. Plus la ville est grande, plus on bouffe de l’essence. Je grille autant d’essence qu’une Pajero et je me sens perdu, étranger.
Avant, avec ma vieille voiture, on connaissait tous les chemins. Quand j’étais dans mes états, c’est elle qui me ramenait à domicile. Mais, ces jours-ci, elle perd aussi le nord.

L’autre fois, elle m’a foutu dans un caniveau du côté de Taouyah. Nos repères ont glissé dans l’immensité nouvelle de Conakry. En périphérie, il y a des coins neufs et déserts ou, au contraire, des taudis tellement peuplés que les couturiers n’ont même plus la place pour ranger une boîte d’aiguilles.


Ces coins-là, je les fréquentais quand j’étais en caleçon. C’était la brousse ! Ensuite, je les ai oubliés. Et puis, mes amis ont fini par emménager là-bas. Aujourd’hui, quand je leur rends visite, je me paume. Je frappe à des mauvaises portes. Je me fais mordre par des chiens hargneux.


Au centre-ville, c’est encore pire : il y a des décombres. Mes coins préférés sont en ruine. Ils ont été broyés par les dents d’une pelleteuse ou par la corne d’un bulldozer. L’autre jour, je suis allé me recueillir sur la tombe de ce qui reste de l’un de mes coins favorits, chez Drizo. Debout sur le tas de gravats, j’étais ému. J’ai baissé les yeux. Il y avait un truc rouge qui pointait le bout de son nez, un truc en verre. J’ai soulevé un morceau de parpaing et une large plaque de plâtre.

Miracle ! J’avais devant les yeux un casier complet de quelque chose que j’aime. Intact. Un trésor préservé sous une couche de poussière. J’ai remercié Bacchus. Vive la grande Conakry !

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