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Abdoulaye Sankara
Abdoulaye Sankara

On ne sait jamais, ça peut aussi vous arriver.

Vous connaissez mes problèmes avec le propriétaire de ma maison. Aujourd’hui, il faut encore que je déguerpisse. Mon propriétaire a salement augmenté mon loyer. Je ne vous dirais pas de combien. Je ne veux pas vous faire peur.

On ne sait jamais, ça peut aussi vous arriver. L’enflure a commis son forfait en me prévenant par courrier. Il n’est même pas venu me voir vis-à-vis. C’est un lâche mais il fait ce que tous les propriétaires de Conakry font en ce moment : il fait grimper les prix.

Pourquoi tant de haine ? Eh bien ! pour des conneries. Il paraît que le gars est fatigué de sa Toyota pourrie. Il veut un truc qui va plus vite avec des gros pneus et un pare-chocs brillant. Son nouveau véhicule coûte cher. Et c’est moi qui paye pour ses caprices de gamin attardé.

Je vais donc me barrer de sa bicoque en essayant quand même de lui bifurquer un loyer. Il mérite bien ça. Mais où aller ? Impossible de rester dans mon quartier. C’est plein, bourré à craquer.
Avant, il n’y avait pas grand monde à côté de ma piaule. J’étais peinard.

Maintenant, des armées de maçons construisent partout autour de mon provisoire chez-moi.

N’importe quoi, le plus vite possible, pour le moins de pognon possible. Si ce n’était pas interdit, ces abrutis, obsédés par la construction et la propriété, viendraient poser des briques sur mon toit et édifier leur salle de bain sous mon plancher.

J’ai commencé à visiter des chambrettes. C’est désespérant. Je suis découragé avant même d’avoir commencé. J’en ai déjà marre de ces rabatteurs qui demandent dix mille balles pour vous faire visiter une maison qui n’est pas la leur. J’en ai marre d’entrer dans des baraques tellement déglinguées qu’on n’y mettrait pas un cochon.

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J’en ai marre de ces proprios soupçonneux comme des mauvais flics qui demandent six ou douze mois d’avance sur le loyer. Et si j’allais habiter au service ? Un matelas sur mon bureau, un bon seau d’eau dans la cour, des bières dans une glacière et le tour est joué. Jus et téléphone gratuits. Et puis comme ça, je n’aurais plus besoin de me lever pour aller bosser.

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