Ousmane Gaoual Diallo rend hommage à Bah Ousmane : confidences sur un soutien discret en prison
Dans un rare moment de franchise publique, Ousmane Gaoual Diallo, ministre et porte-parole du gouvernement guinéen, a exprimé sa profonde reconnaissance envers Bah Ousmane, président de l’Union pour le Progrès et le Renouveau (#UPR). Une déclaration surprenante, faite dans un contexte politique tendu, où les alliances évoluent au gré des transitions et des mémoires souvent sélectives.
Le ministre est revenu sur une période sombre de sa vie : son incarcération sous le régime d’Alpha Condé. Un moment où, selon ses mots, Bah Ousmane, alors ministre-conseiller du président, aurait joué un rôle clé, dans l’ombre, pour lui apporter soutien moral, matériel, et même tenter de favoriser sa sortie.
« Quand nous étions en prison sous Alpha Condé, Bah Ousmane nous a beaucoup aidés, Abdoulaye Bah et moi »
Une solidarité au-delà des clivages
« Quand nous étions en prison sous Alpha Condé, Bah Ousmane nous a beaucoup aidés, Abdoulaye Bah et moi », a confié Ousmane Gaoual Diallo. L’homme fort du gouvernement de transition a évoqué des aides financières discrètes, transmises « par des intermédiaires », mais aussi un plan imaginatif pour les sortir de détention : simuler une urgence sanitaire afin d’obtenir une évacuation médicale.
« Ce n’était pas une évasion, mais un plan bienveillant, pour nous faire hospitaliser. Et tout aurait été pris en charge par Elhadj [Bah Ousmane] lui-même. »
Dans le contexte politique guinéen, où l’opposition et la majorité sont rarement perméables, un tel geste, venant d’un membre du pouvoir en place à l’époque, prend une valeur singulière. Il témoigne d’une relation humaine qui a résisté aux positions institutionnelles et aux clivages partisans.
Une déclaration lourde de symboles
Le choix de rendre publique cette reconnaissance aujourd’hui n’est pas anodin. Il intervient à un moment où le gouvernement de transition cherche à consolider son image d’ouverture et de mémoire, tout en pacifiant les rapports politiques. Cette parole pourrait être perçue comme un signal d’apaisement, une manière d’honorer les ponts jetés à travers l’histoire, même dans les périodes les plus troubles.
Mais elle soulève aussi des questions sur la complexité des alliances, sur ces réseaux de solidarité interpersonnelle qui transcendent les discours officiels. Car si Bah Ousmane aidait discrètement des opposants au régime auquel il participait, cela révèle une ambivalence politique assumée, ou du moins une capacité à ne pas se réduire à son rôle institutionnel.
Une mémoire politique qui interpelle
Ce témoignage éclaire aussi un aspect méconnu de la détention d’Ousmane Gaoual Diallo et d’Abdoulaye Bah, figures de l’opposition d’alors. Il réhumanise la période des prisons politiques, en mettant en avant la chaîne de solidarité souterraine qui a permis à certains de tenir, voire de garder espoir.
Dans un pays où les archives de la répression sont souvent orales, et les récits fragmentaires, la parole des anciens détenus est cruciale pour reconstruire une mémoire collective. La reconnaissance d’Ousmane Gaoual ouvre une brèche dans le récit officiel, et offre un éclairage précieux sur les interstices de l’histoire politique récente de la Guinée.
Quand la loyauté dépasse les mandats
En saluant publiquement Bah Ousmane, Ousmane Gaoual Diallo ne fait pas seulement acte de gratitude personnelle. Il rappelle que, parfois, l’humanité subsiste là où le pouvoir divise. Qu’il y a eu, même dans les années les plus rudes, des gestes d’entraide, des stratégies de survie partagée, des ponts invisibles entre adversaires supposés.
Alors que la Guinée continue de chercher sa voie démocratique, dans une transition souvent chahutée, ce genre de reconnaissance publique pourrait contribuer à réconcilier les mémoires et encourager une autre forme de dialogue : celle qui ne nie ni le passé, ni les contradictions, mais s’efforce de les dépasser avec décence.
— conakrylemag




