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Dans ma pauvre vie de fauché sans le sou, il m’arrive souvent d’avoir soif

Dans ma pauvre vie de fauché sans le sou, il m’arrive souvent d’avoir soif

Dans ma pauvre vie de fauché sans le sou, il m’arrive souvent d’avoir soif. Mais il m’arrive aussi d’avoir faim. Ce qui ne va pas toujours de soi dans ce pays.

L’autre soir, l’estomac vide comme la poche d’un réfugié libérien, je me pointe à Pyabounyi d’où s’échappait un doux fumet de poulet local braisé. L’odeur me faisait dire que j’allais me régaler. Il était 21 h 30.

Je commande donc une bière, 70 mille francs de poulet bicyclette. A 21 h 40, tout était en ordre. Je faisais face à ma Guiluxe bien tapée, mon poulet allait me rejoindre. La vie était belle sous les étoiles de la nuit. A 22 heures, j’ai commandé une seconde bière pour calmer ma fringale. Il n’y avait toujours pas de poulet sur ma table. 


Une demi heure plus tard, ma troisième bière éclusée, je suis allé m’enquérir du sort de mon repas. Une armée de clients entourait la cuisinière Delphine. Chacun montrait du doigt ce qu’il voulait, négociait ferme avec la fille, un peu comme les Fotès quand ils font des affaires à la Bourse de New York. Mais nous sommes à Conakry dans Taouyah, et cette armée de gars ressemblait plus franchement à une nuée de vautours sautillant autour d’une charogne.

J’ai tout de suite compris que je n’allais pas bouffer de poulet ce soir-là. Un de ces salopards avait certainement corrompu Delphine pour racheter ma commande. Ça se passe comme cela à Conakry ! Que le plus con qui est souvent le plus fort gagne !

La corruption et le copinage s’immiscent même aux abords des restaurants et nous gâchent nos derniers petits plaisirs.


Finalement, Delphine a été gentille. A 23 h 15, elle m’a avoué qu’elle avait revendu mon poulet pour 30 mille francs de plus, mais elle m’a fait cadeau d’une petite miche de pain. J’ai ramené ma fringale et mon croûton à la maison. J’étais comme un lion. Baveux, j’avais la rage. J’avais senti l’odeur du bon poulet de Pyabounyi sans pouvoir y goûter.

A deux heures et demie du matin, j’ai fait griller le chien de la voisine. Il en reste un peu et vous êtes invité.

Abdoulaye Sankara

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