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Je suis au fond de mon lit avec mon vieux transistor. Je feuillette un vieux numéro de Playboy du mec qui a cassé la pipe hier.

Je suis au fond de mon lit avec mon vieux transistor. Je feuillette un vieux numéro de Playboy du mec qui a cassé la pipe hier.
VOTRE NOTE

Tonnerre de brest, comme dirait l’ami de Gadry Cissé, cette semaine, j’ai pas envie de causer. Je suis mal en point, incroyablement malade. J’ai peu de tout… Des restes de gueule de bois d’hier, des reliquats de diarrhée d’avant-hier, un peu de palu de ce foutu hivernage et une arrête de carpe coincée au fond du gosier. Je suis au fond de mon lit avec mon vieux transistor. Je feuillette un vieux numéro de Playboy du mec qui a cassé la pipe hier. Je me soigne comme ça. J’attends que ça passe. Et ne comptez pas sur moi pour sortir !

Aller me faire soigner? Je suis pas dingue. Avec le froid d’hivernage qu’il fait, je risque de prendre la grippe, sitôt le nez dehors. Avec le vent qui souffle et la chance que j’ai en ce moment, je pourrais choper la méningite cadeau. Et puis, en traversant le goudron, il y aura sûrement un taximètre hargneux pour venir briser mes os. En rentrant chez moi, des bandits profiteront certainement de ma faiblesse momentanée pour me faire bien et correctement.

Je suis au lit et j’y reste. D’ailleurs, je préfère mourir au plumard plutôt qu’au fond d’un lugubre carrefour plein de poussière et de chèvres anémiées.

Et puis où aller se faire soigner dans ce pays ?! Ça, c’est une vraie question.
Si j’arrive vivant jusqu’à Donka, ils me couperont une jambe.
Si je ressors de Donka sur mes deux pattes pour aller au CMC de Taouyah, les médicaments seront finis et il faudra repasser la semaine prochaine.

Si je vais à la clinique Pasteur, même avec l’aide de docteur vérité, je serais encore obligé d’emprunter de l’argent que je ne pourrais jamais rembourser, même avec l’aide du FMI.
Je n’ose pas aller à la clinique Sino-guinéenne où on massacre les journalistes. Si je vais à l’Unicef, ils diront que je ne suis pas Sierra-Léonais et que je peux me rhabiller.

A LIRE >>  Guinée : Les pluies diluviennes font 4 morts à Conakry

Si je vais à la Croix-Rouge, ils diront que je suis pas très catholique. Au Croissant Vert, ma barbe ne sera pas assez longue. A l’hôpital pédiatrique de Hamdallaye, je risque de me faire draguer par docteur Sow et je ne veux pas de problème avec son mari. A l’ambassade de France, mon visa sera expiré.

Il me reste bien mon médecin chinois mais je suis en froid avec lui depuis qu’il a bouffé mon chien. Alors, je reste calé au fond de mon lit. C’est encore là que l’on court le moins de risques à Conakry. Et surtout la santé!

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