Politique

Thierry Bolloré sur la sellette, la crise de trop !

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Un an après la chute de Carlos Ghosn, Renault n’a toujours pas achevé sa transition managériale. D’après des rumeurs de presse, Thierry Bolloré, qui assurait jusqu’ici les fonctions de numéro deux du groupe automobile français, mais qui a surtout permis la poursuite opérationnelle d’une entreprise largement ébranlée par la décapitation de son chef charismatique, pourrait être débarqué très prochainement.

D’après Le Figaro, Jean-Dominique Senard, président de Renault, devrait proposer au conseil d’administration d’engager le processus de recrutement d’un nouveau directeur général.

Mission: renouveler la gouvernance

Ce matin, interrogé sur ces rumeurs, le ministre de l’Économie a indiqué qu’il n’appartenait pas à l’État « de s’immiscer dans les choix de la gouvernance de Renault ». Bruno Le Maire a cependant précisé qu’il faisait confiance à Jean-Dominique Senard pour mener cette réforme à bien.

Mais d’après Le Figaro, l’État pousse depuis longtemps au « renouvellement de la gouvernance » de l’entreprise dont il possède encore 15% du capital. C’était même l’une des deux missions de Jean-Dominique Senard quand il a été nommé à la présidence en janvier dernier, apprend-on par le quotidien.

L’éviction de Thierry Bolloré pourrait signer la fin de la purge menée depuis la chute de Carlos Ghosn en novembre 2018. Elle a été sévèrement menée chez Nissan sous la houlette de Hiroto Saikawa, et s’est achevée cette semaine par la nomination d’une nouvelle direction tricéphale.

Pour beaucoup, Thierry Bolloré passait pour l’un des derniers vestiges de l’ère Ghosn. Venu comme lui (et comme Jean-Dominique Senard) de Michelin, Thierry Bolloré est arrivé chez Renault en 2012. Il a pris en charge la direction de la productivité avant de devenir le dauphin de Ghosn, quelques mois seulement avant que celui-ci ne soit arrêté à Tokyo mi-novembre 2018.

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Thierry Bolloré a assuré la continuité opérationnelle de Renault malgré « l’empêchement » de Carlos Ghosn. Ainsi, le constructeur automobile a pu dérouler sans encombre son plan stratégique dont la sortie de deux nouveaux modèles majeurs que sont les Clio et Captur.

Des relations conflictuelles à l’exécutif

Mais il semblerait que ses relations avec Jean-Dominique Senard soient complexes, voire franchement conflictuelles. En outre, Thierry Bolloré s’est également attiré une résistance en interne où il est accusé d’avoir évincé les cadres qui s’opposaient à lui, nous raconte une source anonyme.

Enfin, Thierry Bolloré passe surtout pour celui qui a porté le projet avorté de fusion avec Fiat Chryler Automobiles (FCA). Un projet très critiqué notamment par les termes d’un deal très déséquilibré. « Ce deal était une façon de sauver sa tête », nous lâche une source proche du dossier.

Sauf que le projet présenté fin mai ne s’est pas fait, même s’il a été défendu par Jean-Dominique Senard lui-même, et que l’État n’y a fait obstacle que parce qu’il menaçait l’Alliance avec Nissan. Cet échec a néanmoins discrédité le management de Renault dont les actions pour relancer l’Alliance ou fomenter un « plan B » ont, jusqu’ici, tous abouti à un échec.

Tout l’été, des rumeurs ont continué sur d’éventuelles discussions. Mi-septembre, Jean-Dominique Senard a tranché devant la commission des finances du Sénat, affirmant: « Le projet de fusion avec Fiat est enterré ». Un mauvais présage pour Thierry Bolloré?

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Mauvais timing

Avec le départ de Thierry Bolloré, c’est toute la stratégie industrielle et commerciale du groupe qui perd la dernière brique d’un leadership stratégique et sa cohérence opérationnelle. Or, compte tenu du contexte extrêmement tendu de l’industrie automobile, une vacance managériale et la perte d’une vision stratégique n’est absolument pas une option. Sans parler de la pérennité de Jean-Dominique Senard qui a failli démissionner en juin, lors du lâchage de l’État sur le projet de fusion avec FCA. L’ancien patron de Michelin s’est également pris les pieds dans le tapis dans ses négociations pour relancer les discussions avec Nissan. Il a tenté de passer en force en brandissant le rapport de force que lui confère la participation de 44% dans le capital du japonais.

Ainsi, un an après la chute de Carlos Ghosn, le groupe Renault pourrait se retrouver devant le pire des scénarios: se retrouver sans patron, sans alliés, sans projet… A la veille du Brexit, des nouveaux objectifs de CO2, de la nécessité de se relancer en Chine, ou plus largement à l’international, c’est toute une entreprise qui risque de se retrouver en situation de très grave fragilité… Et à la merci de n’importe quel prédateur…



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