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Abdoulaye Sankara
Abdoulaye Sankara

La vie ne vaut rien, disent ceux qui en ont ras-le-bol de mener une vie de chien.

Pour ma part, je ne suis ni vétérinaire, ni psychologue. Je me contente de mon sort en gueulant de temps à autre. Ma philosophie est fort simple : ne pas s’apitoyer sur son sort et ne pas se laisser aller.

A part ça, je vis d’amour et de bonne chair et je m’en porte assez bien, merci. Je dis assez bien parce, vu le nombre d’angoisses de malheur qui nous tombent sur la tronche, Jésus lui-même en perdrait son latin. Comment pouvez-vous être heureux si, chez le voisin, il y a un deuil ?

Mon ancien voisin était un con. Le nouveau lui, est un brave type; Rigobert, il s’appelle; il n’a jamais fait chier personne dans le quartier. Le bon petit gars sans problème, qui va au boulot quand il le faut, qui rentre à la maison quand c’est nécessaire, qui va à l’église quand c’est dimanche et qui sait aussi s’arrêter à la belotte du coin pour dire bonjour aux copains et échanger avec eux.

La vie normale quoi. Sauf que l’autre fois, il s’est passé quelque chose d’anormal dans son corps : il ne respirait plus. Moi, à part quelques gars super balèzes dont j’ai entendu parler qui font de la plongée sous-marine en apnée, je ne connais personne qui peut cesser de respirer comme ça.

Du coup, je me suis dit : ou ce gars s’entraîne pour battre des records, ou alors il est cané.

En entendant des cris dans sa cour, j’ai su qu’il avait choisi le raccourci vers le paradis; celui des pauvres, bien sûr. Prolétaire comme il était, il n’allait quand même pas se pointer avec son vieux complet trois poches usé à la porte du paradis des riches, là où habitent les Mobutu et les Bokassa. Si ça se trouve, ils ne sont même pas au paradis, ceux-là.

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Entre voisins vivants, on s’est retrouvés chez notre doyen pour se concerter avant d’entrer dans la cour mortuaire en délégation. Tu aurais vu nos tronches, tellement elles étaient tristes, on aurait dit que quelqu’un était mort. Je ne dis pas que Rigobert n’était pas quelqu’un, mais vu la façon dont les curés ont négligé son affaire, je me suis demandé si tous les morts étaient traités de la sorte; je vais tordre le cou au député Jean-Marc de la tablette pour voir si la curaille va se comporter pareil. Même dans la mort, il y a deux poids, deux mesures !

Les gens ont commencé à murmurer des choses méchantes. Mais, moi, je n’osais pas; Jésus me regardait, perché sur sa grande croix. Je l’ai fixé dans les yeux, mais il n’a rien dit. Les autres, autour de moi, critiquaient les prêtres qui ne sont plus ce qu’ils étaient.

C’est une honte, le monde a changé, les « Mon-père » roulent en Mercedes, alors qu’avant ils étaient en Babi, etc.
Une véritable révolution à la porte de la paroisse, mais en silence. Les gens parlaient fort en silence. J’ai jamais vu ça. Je ne fréquente pas ce genre d’endroits d’habitude; c’était déroutant pour moi.
J’ai continué à observer sans mot dire, puis je me suis surpris à formuler un voeu, puis un autre, en fixant Jésus dans les yeux. J’ai demandé deux miracles. D’abord, que le pauvre Rigobert se réveille. Secundo, qu’on aille fêter sa résurrection.

Jésus a soutenu mon regard sans sciller. Rigobert ne s’est jamais levé mais, après l’enterrement, on s’est tous retrouvés pour manger un bon riz gras en sa mémoire.

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