Alpha Oumar Diallo : "la liberté de la presse est sévèrement menacée en Guinée"
Alpha Oumar Diallo

Alpha Oumar Diallo : “la liberté de la presse est sévèrement menacée en Guinée”

Journée mondiale contre la censure sur internet. Aussi appelée Journée internationale pour la liberté d’expression sur Internet, elle est célébrée le 12 mars depuis 2008, et a été créée par RSF (Reporters sans frontières).

 

Alpha Oumar Diallo

En Guinée, le régime du président Alpha Condé n’est pas du tout tendre envers la presse local. Le président guinéen tient souvent des propos sévères envers les médias nationaux et internationaux, et les organisations de défense de la liberté de la presse.

Notre pays la Guinée est classé 107e au Classement mondial de la liberté de la presse 2019. Pour célébrer cette journée nous avons donné la parole au Directeur de publication d’aminata.com et fondateur du jeune site très prometteur www.verite224.com, Alpha Oumar Diallo.

Conakrylemag : Quel est votre regard sur la question de la liberté de la presse en Guinée et celle de la censure de la presse en ligne ?

Alpha Oumar Diallo : En Guinée, la situation de la liberté d’expression est devenue extrêmement inquiétante ces dernières années en général et ces derniers mois en particulier. Nous sommes en train d’assister petit à petit à des restrictions de la liberté de la presse.

Le régime du Président Alpha Condé est en train de durcir le ton face aux médias. Depuis un peu plus d’un an, des journalistes sont inquiétés, emprisonnés et poursuivis à justice pour des cas anodins. Il y a eu l’épisode Lansana Camara.

Ce journaliste a été détenu à la maison centrale de Coronthie. Son seul tort est d’avoir publié un article d’investigation sur des magouilles financières au Ministère des affaires étrangères. Le ministre des affaires étrangères, Mamadi Touré l’a poursuivi.

Et comme il s’agit d’un gros bonnet qu’on dit “intouchable”, notre confrère a été jeté en prison. L’un des cas aussi qui ont retenu l’attention des défenseurs de la liberté de la presse c’est la poursuite judiciaire contre Mohamed Bangoura, le directeur de publication du site mosaiqueguinee.com pour avoir publié une tribune de Fodé Baldé, responsable de la communication digital de l’Union des forces républicaines (UFR).

Nous avons suivi l’épisode de la radio Lynx Fm dont les responsables ont été poursuivis pour avoir donné la parole à une dissidente du RPG arc-en-ciel, le parti au pouvoir. Le doyen Souleymane Diallo et Aboubakr ont été obligés de défiler à la DPJ durant des semaines pour signer leur présence et cela pendant la saison pluvieuse. Tous ces cas démontrent la situation désastreuse dans laquelle la presse guinéenne est confrontée.

Conakrylemag : Justement, parlons-en de votre affaire où en êtes-vous avec ce contrôle judiciaire ? Nous rappelons aux lecteurs que vous êtes poursuivi pour diffamation pour avoir rappelé sur votre site verite224.com une vielle histoire de sextape d’un haut commis de l’Etat.

Alpha Oumar Diallo : Oui effectivement M. Dramé j’ai été d’abord kidnappé par des agents de la Direction de la police judiciaire (DPJ). Auparavant ils m’avaient tendu un piège. Comme tout journaliste en quête d’information, je suis allé à un rendez-vous de quelqu’un qui s’est présenté comme un informateur.

Et arriver à la Bluezone à Kaloum j’ai été kidnappé, cueilli et déposé à la DPJ. Lors de mon audition je précise sans la présence de mon avocat malgré mon insistance, on m’a fait savoir qu’on m’a kidnappé à cause d’un article que j’avais écrit la veille sur la sextape d’un haut commis de l’Etat. J’ai bien sûr assumé l’article.

Mon site d’information verite224.com a fait un article de rappel concernant l’épidémie de sextapes qui avait sévit en Guinée et à l’étranger où les Guinéens sont présents. Donc, on a rappelé qu’en 2017, il y avait une sextape qui avait ébranlé le sommet de l’Etat, c’était d’ailleurs le titre. Tout le monde a suivi cet épisode, la sextape de M’Bany Sangaré à l’époque secrétaire général du Ministère de la jeunesse.

Après la fuite de cette sextape, furieux, le Chef de l’Etat a pris un décret pour débarquer M. M’Bany Sangaré. Et quelques temps après il a été bombardé Directeur Général de l’Office guinéen des chargeurs (OGC).

C’est cet article de rappel qui m’a valu d’être kidnappé, inculpé pour diffamation par voie de presse et placé sous-contrôle judiciaire. Je précise que jusqu’à l’heure où je vous réponds, je suis obligé de me présenter au juge d’instruction chaque lundi et vendredi, c’est une autre forme de prison. C’est une véritable régression de la liberté d’expression que nous assistons malheureusement dans notre pays.

Conakrylemag : Nous connaissons tous les passions des internautes en particuliers sur les réseaux sociaux, il vous arrive il de vous autocensurer par ce que vous vous dites qu’une information que vous pourrez publier risque de vous créer des ennuis ou des menaces ?

Alpha Oumar Diallo : Moi personnellement, je refuse de m’autocensurer par crainte des ennuis ou des menaces mais j’en connais des confrères qui le font. Avec tous ces épisodes de musèlement de la presse dont je vous ai cités, ç’a fait des impacts dans des nombreuses rédactions. Certains journalistes s’autocensurent. A mon avis et ça n’engage que moi, il y a une différence entre la responsabilité sociale du journaliste et l’autocensure.

On peut s’abstenir de publier ou de diffuser des informations qui peuvent amener à des violences et exacerber des tensions communautaires, je trouve normal. Mais s’abstenir de donner une information par crainte de poursuite ou des menaces, c’est ça l’autocensure. On est soit journaliste, soit on ne l’est pas mais quand on est journaliste on assume.

Je pense que, nous journalistes nous devons nous battre pour sauver les acquis de la liberté de la presse obtenus je précise avec d’énormes sacrifices. Nos devanciers ne sont pas battus pour avoir ces acquis et nous voir inertes face aux oppresseurs qui font tout pour nous ramener en arrière. Nous devons nous battre de manière professionnelle et méthodique pour préserver pourquoi pas obtenir d’autres acquis car ça y va de notre jeune démocratie.

Conakrylemag : En général qu’elle est votre avis sur la liberté de la presse en Afrique et dans le monde en général ?

Alpha Oumar Diallo : Je crois que le combat doit être permanent, nous devons continuer à mener la lutte pour un respect véritable de la liberté de la presse. En Afrique, nous enregistrons régulièrement dans des nombreux pays où des journalistes sont empêchés d’exercer leur travail. Ils sont malmenés, traqués et emprisonnés.

Au Sénégal, vous avez suivi l’épisode d’Adama Gaye dont l’unique tort est d’avoir donné une analyse pertinente sur la situation de son pays. Dans les prisons de beaucoup des pays africains, les journalistes sont incarcérés et réduits au silence. Concernant la situation de la presse dans le monde, l’affaire Julian Assange montre la détermination des oppresseurs contre la liberté de la presse.

Les Etats-Unis sont un pays qui se revendique défendre la liberté d’expression mais ils ont été prompts à traquer Julian Assange lui aussi son unique tort est d’avoir révélé l’étendue des violations des droits de l’homme notamment des bavures et des tortures faites par des soldats américains en Irak et en Afghanistan. Les journalistes du monde entier doivent se battre car la menace est présente partout.

Conakrylemag : Un dernier mot ?

Alpha Oumar Diallo : Tout d’abord je tiens à vous remercier de l’opportunité que vous m’offrez pour donner mon point de vue sur cette importante journée internationale contre la censure. Je remercie aussi votre rédaction conakrylemag.com pour avoir permis de célébrer cette importante journée qui est malheureusement passée inaperçue en Guinée.

Je continuerai à implorer nos confrères, les journalistes du monde entier à continuer à se battre. Aux journalistes guinéens, battons-nous pour sauvegarder le peu d’acquis qu’on a obtenu au péril parfois des vies. Je vous remercie.

 

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