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Abdoulaye Sankara
Abdoulaye Sankara

Les amis et les parents du village, parlons-en.

Je suis là, attablé au maquis, à discuter avec des amis. Apparemment, tout va bien. Le bonheur semble s’être installé à notre table, présence aussi invisible que fugace. On cause, on boit, on rigole.

Une go passe. Les rotondités convexes de son postérieur inciteraient presqu’à organiser un atelier-débat sur la notion de péché en ce siècle. Je reprends une gorgée pour mieux mûrir le sujet.
En fait, j’affiche un sourire et une joie de circonstance.

Car, en profondeur, dans les circonvolutions intimes de mon cerveau et derrière les parois secrètes de mon estomac, c’est bel et bien la galère. Pendant que je donne mon avis à l’assistance sur la marche prochaine du 2 août, une voix intérieure me cause. Je ne suis pas à l’aise. Il fait trop chaud. Je pue un peu par rapport au fait qu’il n’y a plus d’eau chez moi.

Mais, surtout parmi les trois amis qui sont assis autour de moi, deux me doivent du pognon. Le premier, quand il est venu chez moi prendre sa dette intérieure, ne faisait que reluquer ma moitié. Le temps que je rentre dans la chambre prendre l’argent, il a pris le numéro. – Hé pourquoi tu prends le numéro de ma femme ?

– C’est pour que… si je ne t’ai pas au fone pour le remboursement que je puisse lui laisser l’information pour qu’elle t’en avise. Mon œil ouais et ça se dit un ami. Il ne dit rien quand je lui réclame les 800 000 boules qu’il m’a empruntées l’année dernière. Il sourit poliment. On dirait un fervent lecteur de la Bible implorant l’indulgence du curé qui lui reproche d’être encore allé aux putes. Pourtant, le gars est musulman mais bon, il sourit comme un protestant.

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Le second ami, celui qui est sur ma droite commande sa quatrième Castel. Il porte une chemise neuve et une montre qui brille comme les miroirs d’un salon de thé libanais le jour de l’inauguration. Lui, il m’a ‘’mélangé’’ avec mon patron. Il est allé lui dire que je fais semblant de l’aimer mais c’est pas vrai. Que quand on est au maquis je dis de mauvaises choses sur lui, je parle de ses détournements.

Ce serait moi qui aurait informé le journaliste sur le scandale le concernant et qui a fait grand bruit. Ce zig est-il un ami ? Il rit sottement avec vous avant de vous poignarder dans le dos. C’est comme l’ami policier qui vous salue par la main droite tout sourire alors qu’il tient votre billet d’écrou dans sa main gauche derrière son dos.

Cet enfoiré vient de refaire le carrelage de sa terrasse. Mais, quand je lui ai gentiment demandé mes 500 000 balles, il y a un mois de cela, monsieur m’a demandé de faire pardon, que je l’étranglais, paraît-il, qu’il fallait attendre et que c’était pas arrivé !

Enfoiré va.
Tu vas voir un vilain soir, j’irais vomir sur ton carrelage tout neuf chaussé avec des crampons de football.

L’autre ami qui est en face et qui ne me doit rien est un vrai pote, travailleur et tout. C’est lui qui a tout pris en charge lors du baptême de mon troisième et dernier enfant imposé par la CEDEAO.
A la différence des deux autres, il est toujours là, dans le malheur comme dans le bonheur. Lui, c’est un ami.

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En fait, je sais. Ces deux mauvais payeurs attendent que je meurs pour me raquer. Ils parient sans doute sur l’épidémie d’Ebola sans savoir que je suis vacciné. Ou peut-être sur une rupture des câbles de freins de ma voiture sur la route Le Prince. Là, ils ont plus de chances de gagner. Je les déteste mais si je me fâche avec eux, je ne reverrais jamais la couleur de mon argent.

En attendant, prétextant d’un besoin pressant, je m’éclipse et je leur laisse la note. Au FMI, on appelle cela le service de la dette.

Mais ce n’est pas que les amis qui vous font de mauvais coups.
Tenez, pas plus tard qu’hier, un copain campagnard est venu me conter sa dernière mésaventure. Ce gars-là est un vrai péquenot. L’un des derniers habitants de ce pays qui n’a pas encore mordu à l’hameçon de la vie moderne.

En début d’année, le mec quitte son Dinguiraye natal et se pointe donc à Conakry pour faire retaper sa vieille voiture. En bon paysan, il choisit un garage où travaille un gars de son village. Un parent de village quoi !
Et là, il commet l’irréparable. Ce con paye la totalité de la réparation d’un coup. Cash ! Paraît que le boss du garage n’a pas dessoûlé pendant deux semaines. Il a siroté 300 000 balles de bibine et a joué au grand jeu du Sida avec des serveuses de la sous-région. A tous les coups, sans capotes on gagne ! Bref, le gars n’a pas bossé.

Comme mon pote lui faisait confiance, le garagiste en a profité pour lui cracher dessus. Cinq mois sont passés et la voiture n’était toujours pas réparée. Finalement, au sixième mois, l’enflure lui a rendu sa voiture.

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Il avait vendu la roue de secours, changé le radiateur et, en lieu et place du carburateur, il y avait une boîte de conserve. Dégoûté, mon pote n’a rien dit sur le coup. Il est allé faire un gris-gris pour que son escroc de bricoleur finisse en bouillie sous les roues d’un titan.

Et c’est là qu’il m’a inspiré. J’en ferai de même pour mes deux mauvais amis.

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