« Djenabou Touré propulsée à la tête des élections : vers une confiscation du processus démocratique ? »
Une nomination stratégique… et inquiétante
Le décret présidentiel du mardi 22 juillet 2025 entérine la nomination de Djenabou Touré comme Directrice générale des Élections en Guinée. Forte de vingt-sept ans de carrière dans l’administration électorale de la CENI aux plus hautes fonctions du ministère de l’Administration du Territoire, cette montée en grade, loin d’être anodine, interroge à plus d’un titre. En pleine période de transition politique, cette décision illustre une stratégie plus large de reconfiguration du champ électoral sous l’autorité directe de l’exécutif.
D’une CENI indépendante à une direction inféodée ?
La Direction générale des Élections (DGE), instituée par décret le 14 juin 2025, a succédé à la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), dissoute dans la discrétion depuis 2021. Contrairement à son prédécesseur censé garantir une certaine autonomie, la DGE est désormais sous la coupe du ministère de l’Administration du Territoire. Cette nouvelle architecture place l’organisation des scrutins dont le référendum constitutionnel de septembre 2025 entre les mains d’un organe directement contrôlé par le pouvoir central. Une dérive qui fragilise la transparence et l’indépendance du processus électoral.
Une experte en mission ou une technocrate du régime ?
Djenabou Touré n’est pas une inconnue du système électoral guinéen. Membre du Haut Conseil aux Affaires Électorales dès 1998, conseillère nationale à la CENA dans les années 2000, elle a ensuite occupé des postes stratégiques à la CENI et au MATD, en particulier dans la gestion du fichier électoral. Elle connaît les arcanes de l’appareil électoral comme peu d’autres. Mais cette expertise technique est-elle un gage d’impartialité, ou une caution pour un régime en quête de légitimité institutionnelle ?
Sa proximité avec le pouvoir et son implication dans les processus d’identification biométrique à travers divers programmes étatiques en font une figure centrale du dispositif électoral actuel. Son positionnement ne laisse guère de place à l’illusion d’une autorité neutre.
Le tandem Touré–Sory : verrouillage institutionnel ?
La nomination simultanée de Georges Abraham Sory comme adjoint, présenté comme un logisticien électoral, renforce l’idée d’un binôme sur mesure. En misant sur deux profils techniques issus du même sérail, le pouvoir semble vouloir contrôler non seulement les opérations logistiques mais également les décisions stratégiques liées à l’organisation des futures élections. Une configuration qui écarte de fait tout contre-pouvoir effectif au sein de la DGE.
La démocratie sous tutelle du ministère
La suppression de la CENI et son remplacement par un organe administratif dépendant de l’exécutif constitue un recul démocratique majeur. Elle remet en cause l’équilibre fragile entre les forces politiques et consacre la mainmise du gouvernement sur le calendrier et les modalités des scrutins. La création annoncée d’un prétendu observatoire électoral avec des représentants de partis politiques et de la société civile ne saurait masquer cette réalité : la transition guinéenne prend une tournure autoritaire.
Un processus électoral sous contrôle
La nomination de Djenabou Touré, si elle repose sur une expertise réelle, s’inscrit dans un processus plus vaste de recentralisation du pouvoir électoral. En plaçant des technocrates fidèles aux commandes d’une institution clé, le régime de Mamadi Doumbouya s’assure un contrôle sans partage du futur jeu électoral. Les élections à venir, censées clore la transition, risquent ainsi d’en être le prolongement déguisé. Une inquiétante confiscation démocratique se profile à l’horizon.
— conakrylemag




