Guinée kindia : Quand la junte rackette les écoles pour des prières en faveur de Doumbouya

Guinée : Quand la junte rackette les écoles pour des prières en faveur de Doumbouya
En Guinée, le culte de la personnalité prend une tournure de plus en plus absurde. À Kindia, les autorités éducatives ne se contentent plus de détourner les écoles de leur mission première pour des mobilisations politiques. Elles rackettent désormais les établissements scolaires pour financer des prières en faveur du général Mamadi Doumbouya.
Alors que l’éducation guinéenne traverse l’une des pires crises de son histoire, avec des infrastructures en ruine, des enseignants sous-payés et une fuite massive des talents vers l’étranger, le régime trouve encore le moyen de détourner l’attention des véritables problèmes en imposant des cérémonies de glorification forcée.
Une dérive autoritaire qui instrumentalise la religion
Selon plusieurs sources locales, les directeurs d’écoles sont contraints de verser de l’argent pour organiser ces prières, sous peine de sanctions administratives. Une manœuvre qui combine abus de pouvoir, corruption et instrumentalisation de la foi à des fins purement politiques.
Ce racket institutionnalisé s’inscrit dans une logique plus large de propagande d’État, où chaque secteur du pays est mis à contribution pour renforcer la légitimité de la junte.
- Les écoles sont fermées pour des marches et meetings pro-Doumbouya.
- Les ministres et hauts fonctionnaires multiplient les appels à sa candidature, avant même qu’il n’ait officiellement annoncé son intention.
- Les médias d’État ne diffusent plus qu’un discours à sens unique glorifiant la transition.
Dans ce contexte, la religion devient un nouvel outil d’embrigadement, où la foi est détournée pour servir un projet de confiscation du pouvoir.
L’éducation sacrifiée au profit de la propagande
Alors que la Guinée fait face à une crise éducative sans précédent, l’argent extorqué aux écoles aurait pu servir à améliorer les conditions d’apprentissage des élèves. Mais dans une administration gangrenée par l’opportunisme et la corruption, les priorités sont ailleurs.
- Les enseignants peinent à percevoir leurs salaires à temps.
- Les universités souffrent d’un manque criant d’équipements et de ressources pédagogiques.
- L’avenir des jeunes est sacrifié sur l’autel des ambitions politiques d’un pouvoir qui ne veut pas lâcher prise.
Cette situation témoigne de l’indifférence totale de la junte face aux préoccupations réelles du peuple.
Un pouvoir qui cherche à imposer sa légitimité par la force
Cette nouvelle affaire à Kindia s’inscrit dans une dynamique plus large de verrouillage du pays.
Depuis plusieurs semaines, la répression s’intensifie contre toutes les voix discordantes :
- L’activiste Abdoul Sacko a été enlevé, torturé et abandonné en brousse, un message clair envoyé aux défenseurs des droits civiques.
- Les figures de l’opposition, comme Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, sont empêchées d’exercer leurs droits politiques et contraintes à l’exil.
- Les médias indépendants font face à des pressions croissantes, avec des journalistes arrêtés ou réduits au silence.
Dans un tel climat, l’organisation de prières forcées et financées par le racket des écoles n’est qu’un symptôme supplémentaire de la dérive du régime.
Un précédent dangereux
Historiquement, les régimes qui instrumentalisent la religion pour se maintenir au pouvoir finissent toujours par provoquer l’effet inverse.
- Le régime de Lansana Conté avait déjà tenté d’utiliser les chefs religieux pour asseoir son autorité, avant d’être confronté à une révolte populaire.
- Alpha Condé, malgré son alliance avec certaines figures influentes, n’a pas pu empêcher la contestation qui l’a finalement emporté.
- Aujourd’hui, Mamadi Doumbouya semble emprunter la même voie, en croyant que l’embrigadement religieux suffira à calmer la frustration grandissante des Guinéens.
Mais la faim, la misère et la privation des libertés ne se règlent pas par des prières imposées. Et ceux qui tentent de forcer leur peuple à l’adoration finissent souvent par être renversés dans la colère.
Jusqu’où ira la mascarade ?
Si Mamadi Doumbouya et son régime étaient aussi sûrs de leur légitimité, auraient-ils besoin de contraindre les écoles à financer des prières pour eux ?
La propagande à outrance ne masque plus les réalités sociales et économiques désastreuses que subit le peuple guinéen.
Mais la vraie question est la suivante : Jusqu’à quand les Guinéens accepteront-ils d’être spectateurs d’une telle imposture ?
— conakrylemag




