RAVEC en Guinée : ce que tout citoyen doit savoir (et que certains semblent volontairement oublier)
Alors que la Guinée est plongée dans une transition politique tendue et que la question de l’enrôlement électoral cristallise les tensions, il devient crucial de faire la lumière sur ce qu’est réellement le RAVEC – le Recensement Administratif à Vocation d’État Civil. Car visiblement, entre manipulations politiques, incompréhensions administratives et violations de droits fondamentaux, certains ont tout intérêt à semer la confusion.
Voici six vérités qu’il est temps de rappeler, sans équivoque.
Se faire recenser au RAVEC ne signifie pas automatiquement être électeur
C’est l’erreur (ou la manœuvre ?) la plus courante. Le RAVEC vise à constituer une base de données d’état civil fiable. Ce n’est pas une opération électorale. Pour voter, il faut être inscrit sur une liste électorale, et cela, c’est le Code électoral qui en fixe les critères : nationalité, âge, lieu de résidence, etc. Vouloir confondre les deux processus est soit une preuve d’ignorance, soit une tentative de manipulation.
Aucun texte n’exige une résidence permanente pour se faire recenser
Un citoyen guinéen vivant à l’étranger, à Abidjan ou à Paris, reste guinéen. Point. Il n’existe aucune disposition interdisant à un citoyen de se faire recenser sous prétexte qu’il ne réside pas « habituellement » en Guinée. Le RAVEC vise à enregistrer l’état civil, pas à contrôler les habitudes de résidence ou les préférences politiques.
Et même si une telle condition existait (ce qui n’est pas le cas), elle serait incohérente avec les objectifs d’un recensement national, censé englober tous les Guinéens, où qu’ils soient.
Un étranger vivant légalement en Guinée peut – et doit – être recensé
Oui, vous avez bien lu. Le RAVEC n’est pas réservé aux seuls nationaux. Tout résident, qu’il soit guinéen ou étranger établi légalement en Guinée, doit être pris en compte. L’objectif ici est civil et administratif : délivrer des documents d’identité fiables, construire une base de données pour les services publics (école, santé, sécurité…), pas de faire le tri entre pro-régime et opposants.
Interdire à Cellou Dalein Diallo de se faire recenser ? Une absurdité politique et juridique
Ce que certains ont osé faire en Côte d’Ivoire refuser à Cellou Dalein Diallo, leader de l’opposition en exil, le droit de se faire recenser relève d’une dérive grave. Car c’est bien là une violation directe de ses droits fondamentaux.
En tant que citoyen guinéen, disposant des documents requis, rien ne justifie une telle interdiction. Ni le droit, ni la morale. Au contraire : ce type de discrimination ciblée entache la crédibilité du processus. Et surtout, crée un précédent dangereux. Car si un jour, ce même pouvoir tombe, rien ne garantira que les armes de la répression ne se retournent pas contre ceux qui les ont brandies aujourd’hui.
Jouer avec l’état civil, c’est jouer avec le feu
Ce que les partisans du régime oublient, c’est que l’histoire politique est faite de cycles. Ceux qui sont forts aujourd’hui peuvent se retrouver persécutés demain. Et si l’on commence à politiser l’état civil, à empêcher certains citoyens de figurer dans les bases de données nationales pour des raisons partisanes, on ouvre une brèche dangereuse.
Car la mémoire d’un peuple est longue. Les frustrations d’aujourd’hui peuvent nourrir les ruptures de demain. Et les institutions nées dans l’arbitraire ne résistent jamais à l’épreuve du temps.
Le RAVEC ne peut réussir sans l’adhésion de tous
Ce projet de recensement aurait pu (et dû) être un chantier consensuel, mobilisant toutes les forces vives de la Nation. Mais à force d’opacité, de décisions unilatérales, et d’exclusion ciblée, le régime du CNRD est en train d’en faire une arme politique.
Et pourtant, ce sont les acteurs politiques, toutes sensibilités confondues, qui peuvent faire du RAVEC un succès. Car ce sont eux qui parlent aux citoyens, qui les mobilisent, qui portent la voix des sans-voix. Les exclure du processus ou les traiter comme des ennemis de l’intérieur, c’est saboter ce qui aurait pu être une base pour un retour apaisé à l’ordre constitutionnel.
Ce qu’il faut retenir, au-delà des débats techniques : un recensement ne vaut rien s’il ne repose pas sur la confiance. Et la confiance, elle se bâtit par la transparence, l’inclusion, et le respect du droit.
Empêcher des citoyens de se faire recenser, c’est une faute grave. Politiser l’état civil, c’est un jeu dangereux. Et croire qu’on pourra organiser des élections crédibles avec des bases faussées dès le départ, c’est une illusion qui explosera tôt ou tard au visage de ceux qui l’entretiennent.
Alors, qu’on se le dise : trop, c’est trop. L’état civil n’est pas un champ de guerre. C’est un socle de l’État. Le manipuler, c’est scier la branche sur laquelle repose la République.
— conakrylemag




