Les perles de sankara

La saison des pluies, c’est également la saison des moustiques.

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    Abdoulaye Sankara
    Abdoulaye Sankara
    Mode nuit

    Depuis un mois, impossible de dormir paisiblement à cause de ces maudites bestioles. Pourtant, la température s’y prête. A chaque instant, je risque un méchant palu. Peut-être même que la prochaine crise sera la dernière. Qui sait ? Fulgurante, elle m’emportera six pieds sous terre.
    Sans parler tout de suite de mort subite et de cercueil, le moustique est tout simplement un être désagréable. Dieu a dû par mégarde créer ce truc quand il dormait le 7ème jour après avoir fait le monde. Chez Loly, le moustique est gros comme un camion. Le mec doit avoir un élevage de moustiques. Chez Michel, je ne risque rien. Là-bas, la galère a fait fuir les moustiques, même les souris ont déserté pour cause de faim. Chez madame Bangoura à Pyabounyi, ça va, parce que le voisin ne fait que pomper une sorte d’insecticide qui pourrait bien m’asphyxier. Ici c’est pas les moustiques qui vont me tuer mais le gaz du voisin à madame Charlotte Gnagna Fall. Le pire, c’est chez moi à la maison, Taouyah face Impôts. Après chacune des piqûres de ces moustiques, ça me démange atrocement. Sur mes bras naissent de cloques noirâtres grosses comme des grains de goyave. Je dois être allergique à l’anophèle, comme je suis allergique aux crétins et aux politiciens. C’est peu dire. Alors, depuis une semaine, chez moi, c’est la guerre. A mort, les moustiques ! Sus aux suceurs de sang ! Je ne vais tout de même pas me laisser emmerder par ces trucs à peine plus gros que des chiures de mouches.
    Je me suis équipé. J’ai acheté un carton d’insecticide parfum citron et une tapette bleue lavande. Chaque matin et chaque soir, je fais ma ronde. A pas de Sioux (le Sioux, c’est un indien d’Amérique, inculte que tu es), la tapette à la main, j’inspecte les moindres recoins de la maison. En voilà un, posé sur la porte. Ce dodu digère mon hémoglobine. J’ajuste, je vise, je tire. Plaf ! Avec un kleenex, je nettoie le sang sur mon arme. Je compte. Ça fait sept depuis tout à l’heure. Je prends un malin plaisir à désintégrer ces diptères. La tapette est sensationnelle sur terrain plat : porte, vitre, armoire, mur… Mais, elle devient inopérante sur terrain accidenté ou meuble. Alors, quand ils sont posés sur une pile de linge ou sur un trousseau de clef, j’asperge à l’insecticide. Pchiiit ! Là, deux cas de figure : soit je regarde la petite enflure tomber doucement au sol avant de crever, agitée par les convulsions de son système nerveux totalement déglingué; soit je la finis d’un puissant coup de tapette. Pas de pitié !
    La guerre est loin d’être gagnée. La nuit, les ennemis deviennent plus insaisissables. Ils procèdent par attaques éclairs, souvent seul ou en duo. Je m’installe dans la chambre, le coeur léger, convaincu que j’ai totalement démoustiqué la pièce. Mais, une fois dans la pénombre, c’est l’alerte. Je rallume et commence alors un combat acharné qui se finit parfois au petit matin.
    La guerre, c’est crevant. Hier, j’ai découvert la base arrière des salopards. C’est à deux pas, chez la voisine dont les eaux usagées ruissellent devant ma porte. Les amis de mes ennemis sont mes ennemis. Celle-là, je vais bientôt allez lui claquer la tronche avec ma tapette. Et vlan !


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